Endométriose et fibromyalgie : Grossesse, Fertilité, Post-partum

Fertilité, grossesse, post-partum

Entre un diagnostic d’endométriose, une fibromyalgie déjà installée, et un désir d’enfant, c’est tout un calendrier qui se recompose. Les traitements hormonaux doivent s’arrêter avant la conception, la grossesse n’est pas la pause thérapeutique qu’on espère souvent, et le post-partum réserve des surprises que personne n’avait vraiment nommées. Ce volet aide à préparer, à passer, et à récupérer — en gardant les deux pathologies à portée.

Comprendre
Pour vous
Pour les soignants
Définitions & sources

Pourquoi ce chapitre

La fertilité est l’une des trois grandes conséquences cliniques de l’endométriose, avec la douleur et le retentissement sur la qualité de vie. On estime qu’une femme sur deux atteinte d’endométriose rencontrera une difficulté de conception dans sa vie reproductive. Chez la femme qui porte en plus une fibromyalgie, trois niveaux de question s’ajoutent : le projet d’enfant impose d’arrêter l’hormonothérapie qui tenait l’endo (donc d’exposer de nouveau les lésions), la grossesse elle-même n’est pas la « pause » protectrice qu’on croit souvent, et le post-partum concentre des facteurs connus pour déstabiliser durablement la fibromyalgie — privation de sommeil prolongée, charge physique et mentale, isolement, contexte émotionnel intense.

Ce volet n’est pas une encyclopédie de l’infertilité ni un traité d’obstétrique. Il tient trois objectifs : donner les repères qui permettent à la patiente de planifier un projet d’enfant en connaissance de cause, outiller les soignants qui l’accompagnent (gynéco, médecin traitant, sage-femme, SDC) pour éviter les angles morts classiques, et nommer explicitement le post-partum comme la fenêtre critique où les deux pathologies peuvent décompenser conjointement.

Avant la conception — ce que le projet d’enfant change

L’évaluation de la fertilité : ce qu’elle mesure, ce qu’elle ne mesure pas

En France, l’évaluation initiale de la fertilité en contexte endométriose repose classiquement sur :

  • Une mesure sérique de l’AMH (Hormone Anti-Müllérienne), reflet quantitatif de la réserve ovarienne. L’AMH est baissée dans l’endométriose, et davantage encore dans les endométriomes (kystes endométriosiques) opérés — une des raisons pour lesquelles la chirurgie des endométriomes a été nuancée dans les dernières recommandations ;
  • Un bilan masculin (spermogramme) chez le partenaire ;
  • Une évaluation anatomique (échographie pelvienne, parfois IRM pelvienne, parfois hystérosalpingographie — examen qui vérifie la perméabilité des trompes).

Cette évaluation ne mesure pas la part de la fibromyalgie dans l’équation. C’est un point à nommer : il n’existe pas, à ce jour, de donnée robuste établissant que la fibromyalgie en elle-même diminue la fertilité. En revanche, certains traitements de fond de la fibromyalgie (certains antidépresseurs, certains antiépileptiques) peuvent nécessiter un ajustement avant la conception, en lien avec le CRAT (Centre de Référence sur les Agents Tératogènes). C’est aussi un travail à faire en amont, pas au moment du test positif.

L’arrêt de l’hormonothérapie et sa fenêtre à risque

Pour concevoir, il faut arrêter la contraception œstroprogestative, le dienogest, retirer le LNG-IUS (dispositif intra-utérin au lévonorgestrel). À l’arrêt, les lésions d’endométriose qui étaient mises au repos redeviennent actives — c’est mécanique. Deux conséquences pour une femme qui porte en plus une fibromyalgie :

  • Les douleurs pelviennes rythmées par le cycle peuvent revenir, parfois assez brutalement, dans les semaines qui suivent. Cette période peut être vécue comme une déstabilisation globale si elle n’est pas anticipée.
  • La fenêtre de conception doit être calibrée : attendre trop longtemps après l’arrêt des hormones expose aux récidives douloureuses ; en même temps, le délai moyen pour obtenir une grossesse en contexte endométriose peut atteindre plusieurs cycles (délai médian 10-12 mois toutes causes confondues, davantage en cas d’endométriose).

C’est pour cette raison que, dans les recommandations françaises comme internationales, l’évaluation en PMA (Procréation Médicalement Assistée, abrégée AMP pour Assistance Médicale à la Procréation en français officiel) est proposée précocement en cas d’endométriose modérée à sévère ou d’AMH basse. Ne pas attendre un an d’échec si l’évaluation suggère que la fenêtre est courte.

Les options de PMA en contexte endométriose

Les trois niveaux classiques :

  • IIU — Insémination Intra-Utérine. Technique la plus simple de PMA. Spermatozoïdes du partenaire préparés en laboratoire, injectés directement dans la cavité utérine au moment de l’ovulation. Taux de succès modéré, surtout en endométriose minime à modérée sans facteur masculin.
  • FIV — Fécondation In Vitro. Prélèvement d’ovocytes après stimulation ovarienne, fécondation en laboratoire, transfert d’un ou deux embryons. Technique la plus utilisée en endométriose modérée à sévère.
  • FIV-ICSI — Fécondation In Vitro avec Injection Intra-Cytoplasmique de Spermatozoïde. Un spermatozoïde est injecté directement dans l’ovocyte. Indiquée en cas de facteur masculin associé.

Un point utile à connaître pour la patiente fibromyalgique : la stimulation ovarienne de la FIV mobilise d’importantes doses d’hormones (gonadotrophines injectables) sur plusieurs jours, et peut induire des réactions corporelles (fatigue, ballonnements, troubles de l’humeur) qui se superposent aux symptômes fibromyalgiques déjà présents. Il n’y a pas de contre-indication, mais la préparation mérite d’être discutée explicitement.

Pendant la grossesse

L’endométriose : le mythe de la pause et la réalité clinique

Le discours courant veut que « la grossesse mette l’endométriose en sommeil ». La réalité est plus nuancée. La production massive de progestérone de la grossesse exerce effectivement un effet frein sur les lésions endométriosiques — mais pas chez toutes les femmes, pas tout le temps, et pas sans complications possibles.

Les données actuelles (synthèses CNGOF et littérature internationale 2020-2025) retiennent que l’endométriose en grossesse est associée à un sur-risque modéré de :

  • Fausse couche au premier trimestre ;
  • Hémorragie pendant le troisième trimestre (notamment par placenta prævia — placenta inséré bas dans l’utérus) ;
  • Accouchement prématuré ;
  • Retard de croissance intra-utérin (RCIU — fœtus plus petit que ce qui est attendu pour son terme) ;
  • Césarienne, plus fréquente en contexte endométriose profonde ;
  • Rupture utérine ou de kyste endométriosique en fin de grossesse — rare mais décrite, à connaître pour la vigilance clinique.

Les données sont parfois rassurantes (effet protecteur de la progestérone sur certaines lésions), parfois à nuancer (sur-risque obstétrical). La conséquence pratique : la grossesse d’une femme avec endométriose documentée relève, dès le début, d’un suivi obstétrical attentif — pas forcément d’une « grossesse à risque » tamponnée au sens administratif, mais d’une vigilance renforcée.

La fibromyalgie en grossesse : la fenêtre d’imprévisibilité

La littérature sur la fibromyalgie en grossesse est modeste mais convergente : la trajectoire est imprévisible. Certaines femmes rapportent une nette amélioration de leurs douleurs fibromyalgiques pendant la grossesse (notamment deuxième trimestre), d’autres une aggravation, d’autres encore une stabilité. Les facteurs identifiés comme corrélés à l’évolution sont imparfaitement discriminants : l’intensité préalable, la part de la sensibilisation centrale, le niveau de soutien social.

Deux points cliniques importants :

  • Les traitements de fond de la fibromyalgie (amitriptyline, duloxétine, prégabaline, gabapentine, cannabidiol…) ne sont pas tous compatibles avec la grossesse. La consultation du CRAT (lecrat.fr, site de référence français sur la tératogénicité médicamenteuse) est obligatoire pour chaque molécule. Idéalement en amont de la conception, pas au moment du test positif.
  • Les antalgiques pendant la grossesse sont restreints : le paracétamol reste autorisé, les AINS (anti-inflammatoires non stéroïdiens — ibuprofène, naproxène) sont contre-indiqués dès le 6e mois, et formellement contre-indiqués au-delà de 24 semaines d’aménorrhée (24 SA — note du CRAT 2019). Cette restriction impacte directement la gestion des douleurs cycliques résiduelles d’endométriose comme des douleurs fibromyalgiques.

Le post-partum — la fenêtre critique

Le post-partum (les semaines qui suivent l’accouchement, période classiquement cadrée à 6-8 semaines mais dont les effets durables peuvent s’étendre bien au-delà) est, pour une femme avec coexistence fibromyalgie + endométriose, une période où les deux pathologies peuvent décompenser conjointement.

Trois facteurs se cumulent :

  • Privation de sommeil prolongée. C’est le facteur le plus directement associé à l’aggravation de la fibromyalgie. Une femme fibromyalgique dont le sommeil est fragmenté pendant trois à six mois voit, de manière quasi systématique, ses symptômes douloureux et sa fatigue s’amplifier. Ce n’est pas une « rechute », c’est une physiologie prévisible.
  • Charge physique et mentale. Portages répétés, allaitement, hyper-vigilance nocturne. Pour la fibromyalgie comme pour l’endométriose cicatricielle post-césarienne, ces contraintes s’ajoutent à une récupération déjà complexe.
  • Dépression du post-partum. Risque accru chez les femmes avec douleur chronique préexistante — l’EPDS (Edinburgh Postnatal Depression Scale, échelle d’auto-évaluation en 10 items standard du dépistage à 6-8 semaines) est utile mais sous-utilisée. Une dépression post-partum méconnue aggrave le retentissement des deux pathologies.

Côté endométriose, l’allaitement prolonge l’aménorrhée (absence de règles) et par là la mise au repos partielle des lésions. L’arrêt de l’allaitement est associé à un retour des symptômes endométriosiques — fenêtre qui doit être anticipée avec le gynécologue pour discuter le relais hormonal éventuel.

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Si vous avez un projet d’enfant

Trois temps à préparer, idéalement avant d’arrêter votre contraception :

1 — Faire le point sur vos traitements de fond

Prenez rendez-vous avec votre médecin traitant (ou votre rhumatologue, votre médecin de la douleur) spécifiquement pour revisiter chaque traitement en cours, à la lumière du projet d’enfant. Pour chaque molécule : est-elle compatible avec une conception, avec la grossesse, avec l’allaitement ? Faut-il la remplacer, en modifier la posologie, l’arrêter progressivement ? Ce travail prend du temps (souvent plusieurs mois pour une substitution douce) et doit se faire sans précipitation.

La ressource de référence : lecrat.fr, site public et gratuit, à jour, avec une fiche par molécule. Votre médecin le consulte en consultation ; vous pouvez le consulter aussi, en préparation.

2 — Nommer explicitement la coexistence auprès de votre gynécologue

Dans un parcours de PMA (AMP), votre dossier gynécologique sera construit autour de l’endométriose. La fibromyalgie peut y être mentionnée en marge sans être réellement intégrée. C’est à vous de la nommer explicitement : « J’ai une fibromyalgie associée. Comment est-ce qu’on l’intègre dans le parcours ? » Les points à faire remonter : fatigue qui peut être amplifiée par les stimulations hormonales de la FIV, douleur chronique à prendre en compte pour les gestes invasifs (ponction d’ovocytes, échographies endovaginales répétées), impact possible sur la décision de nombre d’embryons transférés.

3 — Préparer le post-partum à l’avance

C’est contre-intuitif de parler du post-partum avant même la conception, mais c’est le temps où le projet se construit sans la fatigue de la grossesse. Les questions à anticiper :

  • Qui pourra être présent dans les semaines qui suivent l’accouchement (famille, amis, aide à domicile) ?
  • Comment organiser des périodes de sommeil continu (relais la nuit, biberon de relais si l’allaitement le permet) ? C’est le facteur n°1 de préservation de votre fibromyalgie.
  • Qui est votre médecin de recours en cas d’aggravation douloureuse — généraliste, SDC, médecin de la douleur, gynéco de suivi ?
  • Avez-vous un dépistage de dépression post-partum organisé à 6-8 semaines ? L’EPDS (10 questions) est le standard et peut être proposé par la sage-femme ou le médecin traitant.

Pendant la grossesse — repères pratiques

Dire à l’équipe obstétricale que vous avez les deux pathologies. Pas seulement l’endométriose. La fibromyalgie modifie plusieurs choses : la gestion de la douleur de l’accouchement (péridurale souvent préférée, discussion anesthésique en amont), la tolérance aux antalgiques du post-partum, la prévention de la dépression post-partum. Un contact est utile avec la sage-femme à la maternité pour que ces éléments soient dans votre dossier.

Quelques repères par trimestre :

TrimestreÀ surveiller côté endoÀ surveiller côté fibromyalgieAntalgiques
1er trimestre
(0-12 SA)
Surveillance fausse couche. Douleur pelvienne modérée possible (installation grossesse). Évolution très variable. Fatigue habituelle de T1 potentiellement amplifiée. Paracétamol possible. AINS à éviter.
2e trimestre
(13-27 SA)
Effet progestéronique maximal — souvent calme sur les douleurs d’endo. Vigilance anatomique au T2. Souvent le trimestre le plus confortable. Fenêtre pour organisation du post-partum. Paracétamol possible. AINS à éviter.
3e trimestre
(28 SA à l’accouchement)
Vigilance placenta prævia, surveillance croissance (RCIU possible). Discuter mode d’accouchement avec l’obstétricien. Fatigue et douleurs mécaniques (lombalgies, œdèmes) qui peuvent raviver le fond fibromyalgique. Paracétamol. AINS contre-indiqués dès 24 SA (CRAT 2019).

Post-partum — ce qu’il faut organiser

Le post-partum est, pour vous, une période où deux pathologies peuvent décompenser en même temps. La bonne nouvelle, c’est que c’est anticipable. Les gestes qui aident réellement :

  • Protéger le sommeil — c’est le facteur n°1. Organiser au moins une plage de sommeil continu de 4-5 heures par 24h, avec relais pour les biberons. Si l’allaitement est exclusif, tirer son lait pour qu’un conjoint ou proche puisse donner un biberon la nuit (une fois l’allaitement bien installé, vers 4-6 semaines). Ce n’est pas renoncer à l’allaitement : c’est le préserver en vous préservant.
  • Déléguer les tâches physiques — portage prolongé, courses, ménage. Ce ne sont pas des luxes dans votre contexte, ce sont des gestes de protection.
  • Anticiper le dépistage de dépression post-partum — demander à la sage-femme ou au médecin traitant un EPDS à 6-8 semaines. En parler si vous sentez le besoin avant.
  • Reprendre contact avec votre gynécologue dès le 2e mois — pour discuter du relais hormonal éventuel (si vous n’allaitez pas ou à la fin de l’allaitement), de la reprise d’un éventuel traitement de la fibromyalgie, et pour un point sur la cicatrisation si césarienne ou chirurgie obstétricale.
  • Garder le contact avec votre SDC si vous en avez une — un point à 2-3 mois est utile. Les SDC ont l’habitude de la gestion du post-partum chez les femmes avec douleur chronique préalable.

Signes à ne pas minimiser dans le post-partum :

  • Pensées noires persistantes, sentiment d’incompétence à être mère, idées de se faire du mal ou de faire du mal au bébé — appeler sans attendre le 3114 (numéro national de prévention du suicide, 24h/24, gratuit) ou votre médecin, ou vous rendre aux urgences. La dépression du post-partum est une urgence médicale.
  • Aggravation douloureuse majeure et durable (plus de deux semaines) que vous attribuez à votre fibromyalgie mais qui serait inhabituelle en intensité ou en localisation — demander un avis, ne pas la ranger d’office.
  • Saignements abondants persistants au-delà des 6 semaines du post-partum, ou douleurs pelviennes aiguës nouvelles — avis gynéco rapide.

Où trouver du soutien

Côté endométriose : EndoFrance et ENDOmind France ont des sections dédiées fertilité/grossesse avec des témoignages patientes et des annuaires de centres experts PMA habitués de l’endométriose.

Côté fibromyalgie et coexistence : fibromyalgies.fr et le Groupement Fibromyalgie accompagnent spécifiquement les projets d’enfant en contexte fibromyalgie — contactez-nous dès l’amont, pas au moment où ça déborde.

Côté PMA : Agence de la Biomédecine (agence publique, informations officielles sur les parcours AMP en France).

Côté périnatalité et post-partum : Les 1 000 premiers jours (dispositif national), votre PMI (Protection Maternelle et Infantile) locale pour les visites à domicile de sages-femmes et puéricultrices dans les semaines qui suivent la naissance.

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Position du problème

Chez une femme qui porte à la fois endométriose et fibromyalgie, le projet d’enfant mobilise plusieurs intervenants dont les grilles de lecture ne se recouvrent pas spontanément : gynécologue de l’endométriose (centré sur la fertilité et la préservation anatomique), médecin de la douleur ou rhumatologue (centré sur la fibromyalgie et ses traitements de fond), médecin traitant (coordinateur), équipe de PMA le cas échéant (centrée sur l’aboutissement de la grossesse), obstétricien ensuite, sage-femme à la maternité et en post-partum. Chaque intervenant peut faire son travail correctement sans que la coexistence soit pensée.

Le volet ouvre trois temps à mieux coordonner :

  • En pré-conceptionnel : la révision concertée des traitements de fond via le CRAT, l’intégration de la fibromyalgie dans le dossier PMA, l’anticipation du post-partum.
  • En grossesse : la vigilance obstétricale accrue en contexte endométriose, la gestion antalgique restreinte (contre-indication des AINS dès 24 SA), le repérage précoce des trajectoires fibromyalgiques défavorables.
  • En post-partum : la préservation du sommeil comme priorité clinique, le dépistage systématique de la dépression du post-partum, la planification du relais hormonal post-sevrage.

Pré-conceptionnel — points clés

Révision pharmacologique

Le CRAT (lecrat.fr) est la ressource de référence. Les molécules fréquemment prescrites en fibromyalgie et leur statut succinct en pré-conception (à vérifier systématiquement, les données évoluent) :

MoléculeClasseStatut pré-conception (indicatif, à vérifier CRAT)
AmitriptylineAntidépresseur tricycliqueUtilisation possible en pré-conception ; discussion au cas par cas pour maintien en grossesse.
DuloxétineIRSNDonnées limitées ; alternative discutée en pré-conception.
PrégabalineAntiépileptique / gabapentinoïdeÀ éviter si possible en pré-conception et grossesse ; signal tératogène modéré.
GabapentineAntiépileptique / gabapentinoïdeÀ éviter si possible ; alternative à discuter.
TramadolOpioïde faibleÀ éviter en grossesse (syndrome de sevrage néonatal) ; discussion pré-conception.
Cannabidiol (CBD)PhytocannabinoïdeDonnées insuffisantes ; principe de précaution.

La substitution éventuelle doit être graduelle. Chez une patiente à sensibilisation centrale, un arrêt brutal peut déstabiliser durablement la fibromyalgie. Compter 2 à 4 mois pour une transition propre, ce qui plaide pour une discussion ouverte en amont, pas au moment du désir d’enfant immédiat.

PMA et coexistence

Dans un parcours FIV classique, les points d’attention spécifiques à la coexistence :

  • Les stimulations ovariennes (gonadotrophines injectables en SC) sont associées à des effets secondaires physiques (fatigue, ballonnements, troubles de l’humeur) qui peuvent amplifier le fond fibromyalgique. L’information explicite de la patiente et un suivi plus rapproché sont utiles.
  • La ponction d’ovocytes, geste invasif sous anesthésie courte, peut déstabiliser une patiente à sensibilisation centrale sur plusieurs jours. Anticiper le relais antalgique post-geste.
  • La question du nombre d’embryons transférés doit intégrer la coexistence : une grossesse gémellaire sera, pour une femme avec fibromyalgie, plus difficile à vivre physiquement et en post-partum. À discuter.

Grossesse — points clés

Côté endométriose, les surveillances renforcées (ne pas sous-estimer) :

  • T1 : surveillance fausse couche (sur-risque modéré documenté).
  • T2 : surveillance anatomique classique, incluant la position placentaire.
  • T3 : surveillance placenta prævia, croissance fœtale (sur-risque RCIU), prise de décision sur le mode d’accouchement (voie basse vs césarienne), vigilance clinique sur rupture de kyste endométriosique en fin de grossesse (rare mais à connaître).

Côté fibromyalgie :

  • T1-T2 : évaluation de l’évolution symptomatique à chaque consultation (score FSS mensuel pertinent). Trajectoire imprévisible ; ne pas assumer une amélioration naturelle.
  • Antalgiques : paracétamol en première ligne. AINS contre-indiqués dès 24 SA. Les antalgiques de palier 2 (tramadol, codéine) à éviter. Toute escalade antalgique nécessite une discussion CRAT + obstétricien.
  • Péridurale lors de l’accouchement : fortement recommandée, à anticiper avec une consultation d’anesthésie dédiée en fin de T2 ou début T3. La fibromyalgie n’est pas une contre-indication à la péridurale ; elle est au contraire un argument en sa faveur.

Post-partum — points clés

Le sommeil est la variable n°1. Chez une patiente avec fibromyalgie, la privation de sommeil prolongée (plus de 3-4 semaines) est associée à une aggravation significative et parfois durable des symptômes. L’intégrer dès la consultation du 8e mois, planifier des stratégies concrètes avec la patiente et le conjoint (relais nocturnes, tirage de lait, aide extérieure). Ce n’est pas un conseil de confort, c’est une prescription clinique.

Dépistage dépression post-partum : EPDS systématique à 6-8 semaines, puis à nouveau à 3-6 mois chez les femmes avec douleur chronique préexistante. Seuil d’alerte ≥ 12 (EPDS 0-30).

Relais hormonal post-sevrage : à anticiper 1-2 mois avant la fin prévue de l’allaitement. Discussion gynécologique sur la ligne à reprendre (COP, dienogest, LNG-IUS), en intégrant les éventuels nouveaux éléments (évolution de la fibromyalgie en post-partum, nouvelle évaluation FSS/CSI, projet ultérieur de grossesse ou pas).

Co-suivi SDC : un point à 2-3 mois post-partum est utile chez les patientes qui étaient suivies pour la fibromyalgie. Les SDC ont l’habitude de cette gestion ; ne pas la différer en espérant une résolution spontanée.

Six pièges spécifiques

Piège n°1 — Attendre le test positif pour revoir les traitements. La révision pharmacologique doit se faire avant l’arrêt de la contraception, pas après. Certaines substitutions prennent 2-4 mois en douceur chez une patiente à sensibilisation centrale.

Piège n°2 — Dire « la grossesse va vous soulager ». Trajectoire imprévisible pour les deux pathologies. Un faux espoir mal placé fragilise la patiente quand il n’est pas tenu. Mieux : « c’est variable, nous surveillerons ensemble ».

Piège n°3 — Oublier la contre-indication AINS dès 24 SA. La patiente avec fibromyalgie peut avoir l’habitude des AINS en automédication ; la fin du T2 et le T3 sont des périodes à risque d’oubli. Information claire et répétée.

Piège n°4 — Négliger la consultation d’anesthésie pour la péridurale. Chez la fibromyalgique, la préparation à l’accouchement doit intégrer explicitement la stratégie antalgique. Une péridurale discutée en amont est très différente d’une péridurale négociée en salle de travail.

Piège n°5 — Sous-estimer la privation de sommeil post-partum. C’est le facteur n°1 d’aggravation de la fibromyalgie post-partum. Prescrire explicitement la protection du sommeil (relais, aide, tirage de lait) a la même valeur qu’une prescription médicamenteuse.

Piège n°6 — Attribuer la dégradation post-partum à la « simple » fibromyalgie. Chercher activement la dépression du post-partum (EPDS). Chercher activement la reprise endométriosique post-sevrage. Chercher activement une complication obstétricale tardive. Ne pas conclure à « c’est la fibromyalgie qui s’est réveillée ».

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Définitions

AINS — Anti-Inflammatoires Non Stéroïdiens
Famille d’antalgiques et anti-inflammatoires (ibuprofène, naproxène, kétoprofène, diclofénac…). Contre-indiqués dès 24 SA (semaines d’aménorrhée) selon la note du CRAT 2019, en raison du risque fœtal (fermeture prématurée du canal artériel, insuffisance rénale fœtale).
AMH — Hormone Anti-Müllérienne
Hormone sécrétée par les follicules ovariens, dosable sur une prise de sang. Reflet quantitatif de la réserve ovarienne. Diminue avec l’âge et avec certaines interventions ovariennes (ablation d’endométriomes notamment).
AMP — Assistance Médicale à la Procréation
Terme officiel français (loi de bioéthique) pour désigner l’ensemble des techniques de PMA. Encadrée par la loi, prise en charge par l’Assurance Maladie dans certaines conditions.
CRAT — Centre de Référence sur les Agents Tératogènes
Centre d’expertise français de référence pour l’évaluation du risque médicamenteux pendant la grossesse et l’allaitement. Site : lecrat.fr, à consulter systématiquement avant toute prescription chez une femme enceinte, allaitante ou en désir d’enfant.
EPDS — Edinburgh Postnatal Depression Scale
Échelle d’auto-évaluation en 10 items, score 0-30, standard du dépistage de la dépression du post-partum. Seuil d’alerte habituel : ≥ 12. Proposée à 6-8 semaines par la sage-femme ou le médecin traitant.
FIV — Fécondation In Vitro
Technique de PMA : prélèvement d’ovocytes après stimulation ovarienne, fécondation en laboratoire, transfert d’un ou deux embryons dans l’utérus. Technique la plus utilisée en endométriose modérée à sévère.
FIV-ICSI — Fécondation In Vitro avec Injection Intra-Cytoplasmique de Spermatozoïde
Variante de la FIV où un spermatozoïde est injecté directement dans l’ovocyte. Indiquée en cas de facteur masculin associé (altérations du spermogramme).
FSS — Fibromyalgia Survey Score
Score composite 0-31, somme du WPI (Widespread Pain Index 0-19) et du SSS (Symptom Severity Scale 0-12). Évalue le poids de la fibromyalgie. Utilisable en grossesse pour un suivi d’évolution.
Gonadotrophines
Hormones de stimulation ovarienne utilisées en PMA (FSH recombinante, hMG). Administrées en injection sous-cutanée pendant 10-14 jours en moyenne pendant une stimulation FIV.
IIU — Insémination Intra-Utérine
Technique simple de PMA : les spermatozoïdes du partenaire sont préparés en laboratoire puis injectés directement dans la cavité utérine au moment de l’ovulation.
PMA — Procréation Médicalement Assistée
Terme courant équivalent à AMP (Assistance Médicale à la Procréation, terme officiel français). Inclut IIU, FIV, FIV-ICSI, don de gamètes.
PMI — Protection Maternelle et Infantile
Service départemental public et gratuit destiné aux femmes enceintes et aux enfants de 0 à 6 ans. Visites à domicile par sage-femme et puéricultrice en post-partum.
Post-partum
Période qui suit l’accouchement, classiquement cadrée aux 6-8 semaines (post-partum immédiat), mais dont les effets peuvent se prolonger sur plusieurs mois (post-partum tardif). Fenêtre clinique à haut risque de décompensation pour la fibromyalgie.
RCIU — Retard de Croissance Intra-Utérin
Fœtus plus petit que ce qui est attendu pour son terme (en-dessous du 10e percentile pour le terme). Sur-risque documenté en contexte endométriose.
SA — Semaines d’Aménorrhée
Mode de datation de la grossesse en France, qui compte à partir du premier jour des dernières règles. Une grossesse à terme fait 41 SA. La contre-indication des AINS s’applique dès 24 SA (soit environ 5,5 mois de grossesse).
SDC — Structure Douleur Chronique
Structure hospitalière consacrée à la prise en charge des douleurs chroniques. Interlocuteur recommandé en co-suivi dans la coexistence FM + endométriose, incluant les périodes de grossesse et post-partum. Annuaire sur fibromyalgies.fr.

Sources mobilisées

Recommandations institutionnelles françaises

  • HAS — Prise en charge de l’endométriose, décembre 2017. Lien : has-sante.fr
  • CNGOF — Recommandations pour la pratique clinique : endométriose, 2018.
  • CRAT — Centre de Référence sur les Agents Tératogènes, mises à jour continues. lecrat.fr
  • HAS — Fibromyalgie de l’adulte, juillet 2025.
  • Agence de la Biomédecine — Procréation : rapports annuels. agence-biomedecine.fr

Données cliniques et scientifiques (sélection)

  • Chapron C, Marcellin L, Borghese B, Santulli P. — Rethinking mechanisms, diagnosis and management of endometriosis. Nature Reviews Endocrinology, 2019, 15:666-682.
  • Zullo F et coll. — Endometriosis and obstetrics complications: a systematic review and meta-analysis. Fertility and Sterility, 2017.
  • Jacques E, Guillarme-Génisson F, Fouquet V. — Fibromyalgie et grossesse : revue de la littérature. La Revue du Praticien, 2020.
  • Schertzinger M, Younger J et coll. — Daily Fluctuations of Progesterone and Testosterone Are Associated With Fibromyalgia Pain Severity. The Journal of Pain, 2018, 19(4):410-417. DOI : 10.1016/j.jpain.2017.11.013. (Cité pour le lien hormones/douleur en contexte post-partum.)

Associations et ressources publiques

Pour aller plus loin dans le pôle

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