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Le Temps et la Fibromyalgie — De la perte à la sérénité

Le temps.

Vous en avez, vous ? Moi non.

Pas assez. Je cours toujours après la 25ème heure et les dix d’après dont j’aurais besoin, je crois.

Et pourtant.

Le temps se mesure, le temps se vit, et le temps se perd.

On le croit éternel, on se croit éternel.

Et pourtant. Si vite arrivé, si vite épuisé. Si vite dépensé.

Sans même s’en rendre compte.

Le temps est gratuit, le même pour tout le monde. Et pourtant, personne n’est égal dans sa dépense. Certains l’épuisent vite, d’autres plus lentement, mais à la fin, le temps est fini, épuisé, pour tous. Sans alternative. L’instant ultime est exactement le même pour chacun.

Chaque seconde est éternelle dans notre mémoire, mais disparaît souvent dans ses circonvolutions, oubliée de nous, pressés par le temps de la seconde suivante et des autres, dans la course à l’avenir ou à l’instant fuyant trop vite.

La fibromyalgie, elle, prend son temps.

Elle s’installe, à de rares exceptions, très lentement, et attend son heure, sa seconde.

Mais quand elle est accrochée, le temps se fige. Le film de sa vie se déroule dans un espace personnel figé.

Les secondes deviennent longues dans la douleur, le temps paraît durer, quand on voudrait pouvoir le vivre sereinement.

Puis tout s’affole. Examens, consultations, démarches administratives, soins, activité physique adaptée, conservation du lien. Puis viennent les courses, l’habillement, la nourriture, les déplacements, le repos. Chaque geste du quotidien prend les secondes jusque-là gaspillées dans la quête effrénée d’activités pour exister, dans une quête perdue d’un moment d’accalmie.

S’installent, l’un après l’autre : la constance de la douleur, l’épuisement, le brouillard cognitif, l’amplification. La dépression. Parfois, les pensées noires.

La quête du temps devient frénésie, malgré la douleur et l’épuisement. La vie n’oublie pas et demande son tribut en secondes d’activités. Il ne reste plus de temps pour soi, même plus de temps, souvent, pour le nécessaire. La fibromyalgie, alors à son paroxysme, détruit la sérénité du temps qui fuit, qui file, qui passe.

On s’aperçoit alors que le temps passé était gâché, futilement.

Le temps devient souvent attente, désespérée. Angoissant et triste. Solitaire, et long, très lent, trop lent.

Attente d’un moment d’accalmie, attente de l’aide des autres, attente de repos. Attente d’un moment d’attention, ne serait-ce qu’une seconde.

La vie, entre parenthèses, devient lenteur, langueur, non-activité, ou cheminement lent et rare.

La vie est à réinventer, à organiser, à planifier.

Et là, il faut du temps, beaucoup de temps.

Réparer un corps prend du temps, beaucoup de temps. Et maintenant les secondes filent vite, trop vite.

Apprendre à ralentir, à lire les secondes, à vivre les moments.

Apprendre que revivre ne peut être en une seconde, qu’il faut du temps, beaucoup de temps.

Apprendre que c’est possible, réalisable, et que le temps permet de mettre en place les outils nécessaires afin de venir à la sérénité, à la clairvoyance de l’essentiel, de la vie.

Du repos, pour vivre son temps. Sereinement.

Bruno Delferrière, président de Fibromyalgies.fr