Fibromyalgie & Cancer — Volet 2
Chimiothérapie et neuropathies périphériques (CIPN)
Volet 2/5 du pôle éditorial Fibromyalgie & Cancer de fibromyalgies.fr — Version 1.0 (26 septembre 2026)
1. Ce qu’est la CIPN, en quelques mots
La neuropathie périphérique induite par la chimiothérapie — abrégée CIPN, pour Chemotherapy-Induced Peripheral Neuropathy — désigne l’ensemble des atteintes du système nerveux périphérique causées directement par certains médicaments anticancéreux. Elle est la complication neurologique la plus fréquente des chimiothérapies cytotoxiques modernes, et l’une des principales raisons pour lesquelles une chimiothérapie doit être ralentie, réduite ou arrêtée.
Le tableau clinique est bien reconnaissable : atteintes principalement sensitives (paresthésies, engourdissements, brûlures, allodynie au froid, altération de la perception thermique et vibratoire), symétriques, bilatérales, débutant aux extrémités des pieds et des mains, avec une progression ascendante — la classique distribution « en gants et en chaussettes ». L’atteinte motrice est plus rare mais possible (perte de dextérité fine, faiblesse) ; l’atteinte autonome (troubles digestifs, dysautonomie orthostatique, sécheresse) est encore plus rare mais existe.
On parle de CIPN quand il y a atteinte du système nerveux périphérique, qu’elle soit ou non douloureuse. Toutes les CIPN ne font pas mal : à titre d’exemple, seules environ 36 % des CIPN liées à l’oxaliplatine sont ressenties comme douloureuses. On parle plus spécifiquement de douleur neuropathique chimio-induite quand la douleur est présente. Les deux notions se recoupent mais ne se confondent pas.
Un phénomène très fréquent, souvent invisible
Les chiffres varient beaucoup selon la molécule, la dose cumulée, le mode d’administration, la sensibilité individuelle. Chez les patients traités par FOLFOX pour cancer colorectal en France, une étude multicentrique menée par Selvy et coll. (2020) montre qu’une CIPN sensitive persiste chez une proportion significative de patients encore 5 ans après la fin du traitement. Autrement dit : ce n’est pas un effet indésirable « passager ». Pour une part importante des personnes, la CIPN survit à la chimio, parfois définitivement.
2. Les six familles de chimiothérapies neurotoxiques
Six grands groupes de médicaments anticancéreux sont particulièrement pourvoyeurs de CIPN. Chacun a un mécanisme propre, un profil clinique propre, et une temporalité propre.
| Famille | Molécules principales (DCI + princeps entre parenthèses) | Cancers traités | Particularités cliniques |
|---|---|---|---|
| Sels de platine | oxaliplatine (Eloxatine®), cisplatine (Cisplatyl®), carboplatine (Paraplatine®), et leurs génériques quand disponibles | Colorectal (FOLFOX), gastrique, pancréatique, biliaire, ovarien, ORL, pulmonaire | Oxaliplatine : forme aiguë déclenchée par le froid (dysesthésies pharyngo-laryngées, crampes) + forme chronique cumulative. Effet coasting possible. |
| Taxanes | paclitaxel (Taxol®), docétaxel (Taxotere®), nab-paclitaxel (Abraxane®), et leurs génériques quand disponibles | Sein, ovaire, poumon, ORL, prostate | Dose-dépendante et proportionnelle au schéma d’infusion. Grade 3-4 sensitive chez 20-35 % des patients traités par paclitaxel 250 mg/m² toutes les 3 semaines. |
| Alcaloïdes de la pervenche | vincristine (Oncovin®), vinblastine (Velbé®), vinorelbine (Navelbine®), et leurs génériques quand disponibles | Hémopathies (LAL, lymphomes), sarcomes, sein, poumon | Cumulative, avec parfois atteinte motrice et autonome (constipation, iléus paralytique). Dose plafond usuelle 2 mg pour vincristine. |
| Épothilones | ixabépilone (Ixempra®) | Sein métastatique en échec de taxanes | Profil neurotoxique proche des taxanes. |
| Inhibiteurs du protéasome | bortézomib (Velcade®), et ses génériques | Myélome multiple, lymphome du manteau | Neuropathie douloureuse chez 25-33 % des patients traités pour myélome nouvellement diagnostiqué, jusqu’à 27-75 % dans les formes récidivantes. Voie sous-cutanée moins neurotoxique que voie intraveineuse. |
| Immunomodulateurs | thalidomide (Thalidomide Celgene®), lénalidomide (Revlimid®) | Myélome, lèpre, certains lymphomes | Cumulative, souvent sévère avec thalidomide, plus modérée avec lénalidomide. |
Note : cette liste couvre les grands classiques cytotoxiques. Les immunothérapies (anti-PD-1, anti-PD-L1, anti-CTLA-4) peuvent provoquer d’autres tableaux neurologiques — notamment des syndromes de Guillain-Barré et myasthéniques — qui relèvent des effets indésirables immunomédiés (irAEs) et sont traités dans le Volet 3 du pôle. Les thérapies ciblées peuvent aussi provoquer des neuropathies : le référentiel AFSOS-SFETD prévoit une mise à jour ultérieure dédiée.
3. Comment ces médicaments abîment les nerfs
Les mécanismes de la CIPN sont multiples, souvent intriqués, et varient selon la famille moléculaire (Chen X et coll., Frontiers in Molecular Neuroscience 2024 ; Colvin LA, Pain 2019). Cinq voies principales sont aujourd’hui bien documentées.
3.1 Atteinte du cytosquelette et du transport axonal (taxanes, alcaloïdes de la pervenche)
Les taxanes stabilisent excessivement les microtubules ; les alcaloïdes de la pervenche font l’inverse, ils les déstabilisent. Dans les deux cas, la dynamique fine du cytosquelette neuronal est perturbée : le transport axonal ralentit puis s’effondre. Les longs axones — ceux qui vont du corps cellulaire jusqu’aux extrémités des doigts et des orteils — sont les plus vulnérables. C’est pour cela que la CIPN commence « en gants et en chaussettes ».
3.2 Toxicité mitochondriale (platines, taxanes, bortézomib)
Dans le système nerveux périphérique, la barrière hémato-nerveuse est moins étanche que la barrière hémato-encéphalique. Les chimiothérapies neurotoxiques y pénètrent plus facilement et provoquent un gonflement mitochondrial, avec ouverture du pore de transition de perméabilité et relargage de cytochrome c — première étape d’une cascade qui aboutit à la dégénérescence axonale.
3.3 Atteinte des ganglions rachidiens dorsaux (platines)
Les ganglions rachidiens dorsaux (ou DRG, pour dorsal root ganglia), qui hébergent les corps cellulaires des neurones sensitifs, ne sont pas protégés par la barrière hémato-nerveuse. Les sels de platine s’y accumulent et endommagent directement l’ADN des neurones — d’où la persistance de la CIPN aux platines, parfois bien après l’arrêt de la molécule.
3.4 Dérégulation des canaux ioniques et neuroinflammation
La chimiothérapie modifie l’expression et la fonction de plusieurs canaux ioniques impliqués dans la douleur : TRPV1, TRPA1, TRPM8, canaux sodiques Nav1.7 et Nav1.8, canaux calciques. Elle recrute aussi des cellules immunitaires (macrophages, cellules gliales satellites) au niveau des DRG et libère des cytokines pro-inflammatoires. Cette neuroinflammation périphérique participe à l’entretien de la douleur.
3.5 Sensibilisation centrale — un pont crucial vers la fibromyalgie
La recherche récente met en évidence que la CIPN n’est pas seulement une atteinte des nerfs périphériques. Les chimiothérapies induisent aussi une hyperexcitabilité neuronale au niveau médullaire (corne dorsale) et corticale (notamment le cortex cingulaire antérieur), aboutissant à une sensibilisation centrale (Chen X et coll. 2024 ; revue Reviews in the Neurosciences 2026, PMID 42035230). Cette sensibilisation centrale est précisément le mécanisme physiopathologique dominant de la fibromyalgie. C’est ce qui explique une part importante de la chronicisation des CIPN chez 20-30 % des survivants — et c’est aussi ce qui crée un chevauchement clinique et neurobiologique avec la fibromyalgie.
Le « chemobrain » — troubles cognitifs post-chimio (attention, mémoire de travail, vitesse de traitement) — partage également des mécanismes neuroinflammatoires avec la CIPN. Il n’est pas rare qu’un patient présente les deux, ce qui recoupe fortement le tableau fibrofog de la fibromyalgie.
4. Fibromyalgie et CIPN : trois hypothèses ouvertes
Comme pour l’hormonothérapie du cancer du sein (Volet 1) et les immunothérapies (Volet 3), la relation entre CIPN et fibromyalgie peut se lire selon trois hypothèses non exclusives. La littérature ne permet aujourd’hui d’en privilégier aucune ; les trois coexistent probablement selon les patients.
Hypothèse 1 — La chimiothérapie démasque une fibromyalgie préexistante
Une baseline de sensibilisation centrale préexistante — parfois silencieuse ou peu bruyante — serait « réveillée » par l’insulte périphérique de la chimiothérapie. La douleur diffuse, la fatigue, les troubles du sommeil, la sensibilité accrue prendraient alors le devant de la scène après le traitement. Ce que l’on attribue à la CIPN pourrait, chez certains patients, être en fait le décours d’une FM révélée par le traitement — ou une CIPN « vraie » surimposée à une FM sous-jacente.
Hypothèse 2 — La chimiothérapie aggrave une fibromyalgie connue
Chez une personne déjà diagnostiquée fibromyalgique, la CIPN ajoute une composante neuropathique périphérique authentique à un fond de douleur diffuse. La sensibilisation centrale, déjà installée, amplifie le signal périphérique. Le contrôle antalgique devient plus difficile ; la lecture des symptômes plus complexe ; le risque d’attribuer à tort à la FM des signes qui relèvent de la CIPN (et l’inverse) est réel.
Hypothèse 3 — La CIPN persistante déclenche un syndrome FM-like de novo
Chez un patient sans antécédent fibromyalgique, une CIPN qui se chronicise pendant des mois via la sensibilisation centrale peut faire émerger un tableau très proche de la fibromyalgie : douleur diffuse au-delà de la topographie initialement neuropathique, fatigue, troubles du sommeil, hypersensibilités, troubles cognitifs. La frontière entre CIPN chronique et FM secondaire devient alors floue.
Peu importe l’hypothèse retenue chez un patient donné : dans les trois cas, le raisonnement thérapeutique bénéficie d’être intégratif — reconnaître à la fois la composante neuropathique périphérique (traitement de la CIPN au sens strict) et la composante de sensibilisation centrale (approche multimodale à la fibromyalgie : activité physique adaptée, éducation thérapeutique, prise en charge du sommeil, du stress, de la douleur chronique). Réduire le tableau à l’un ou à l’autre est une source d’échec thérapeutique fréquente.
5. Facteurs de risque de développer une CIPN
Le référentiel AFSOS-SFETD 2024 identifie les facteurs de risque suivants, dont plusieurs sont modifiables :
- Âge ≥ 75 ans
- Tabagisme
- Exposition à d’autres traitements neurotoxiques (radiothérapie associée, chimio antérieure)
- Neuropathie préexistante d’étiologie autre
- Pathologies prédisposantes : diabète, insuffisance rénale, hypothyroïdie, intoxication éthylique chronique, carences vitaminiques (B1, B6, B12), VIH, pathologies rhumatologiques auto-immunes
- Diminution de la masse musculaire (sarcopénie)
- Exercice physique insuffisant
La fibromyalgie n’est pas listée dans ce référentiel comme facteur de risque documenté de CIPN, mais elle est un facteur de vulnérabilité à la chronicisation via la sensibilisation centrale. C’est un point qui mérite d’être pris en compte, notamment pour anticiper la surveillance et la prise en charge.
Si vous voulez suivre et documenter vos symptômes de manière structurée, plusieurs outils sont mis à disposition gratuitement :
- App 02 — Bilan complet : évaluation globale des symptômes fibromyalgiques et douleur.
- App 03 — Symptômes associés : cartographie des atteintes multi-systèmes.
- Passeport patient : agrégateur permettant de constituer un dossier à emporter en consultation.
Reconnaître les premiers signes
La CIPN commence rarement par une douleur franche. Le plus souvent, ce sont d’abord des sensations un peu étranges au bout des doigts et des orteils : picotements, fourmillements, engourdissement, sensation de « gant fin » qui empêche de bien sentir, difficulté à distinguer une pièce de monnaie d’un bouton dans la poche. Certaines personnes décrivent une gêne au contact avec le froid, une sensibilité désagréable aux textures rugueuses, une impression de marcher sur du coton ou sur des cailloux.
Ces sensations sont symétriques (elles apparaissent des deux côtés à peu près en même temps), bilatérales, et commencent aux extrémités. Elles peuvent progresser vers les chevilles, les poignets, parfois plus haut. Elles surviennent en général dans les deux premiers mois de traitement et évoluent au fil des cycles.
Un point souvent mal connu : l’arrêt de la chimiothérapie ne garantit pas l’amélioration. Les symptômes peuvent apparaître ou s’aggraver après l’arrêt — ce phénomène s’appelle le coasting (littéralement « roue libre »). Ce n’est pas un signe que la chimio « continue » ; c’est le décours naturel de l’atteinte, particulièrement décrit avec les sels de platine. Signalez-le à votre oncologue si vous le constatez. Il n’y a rien d’anormal dans le fait de continuer à ressentir des symptômes plusieurs semaines à plusieurs mois après le dernier cycle.
Ce qui doit vous faire contacter votre oncologue sans attendre
- Perte rapide de dextérité fine qui vous empêche de boutonner un vêtement, tenir un stylo, saisir une petite pièce.
- Faiblesse musculaire franche des mains ou des pieds (difficulté à se relever d’une chaise, à monter un trottoir).
- Chute, même sans blessure grave — les troubles de l’équilibre liés à l’atteinte proprioceptive sont un facteur de chute majeur.
- Douleur brutale et intense, non contrôlée par ce qui la soulageait jusqu’ici.
- Signes autonomes nouveaux : constipation sévère, malaises orthostatiques, incontinence, sécheresse buccale ou oculaire majeure.
- Aggravation asymétrique (un côté beaucoup plus touché que l’autre) : cela ne correspond pas au tableau habituel et mérite d’être exploré.
Ces signes doivent conduire à réévaluer le traitement et, éventuellement, à adapter les doses ou changer de molécule. C’est une décision d’oncologie ; elle vous appartient conjointement avec votre équipe.
Ce que vous pouvez faire vous-même
Bouger, même un peu, même lentement
C’est aujourd’hui la mesure la plus solidement documentée en prévention et en accompagnement de la CIPN. Un essai randomisé publié en 2024 dans JAMA Internal Medicine (Streckmann et coll.) a montré qu’un programme d’entraînement neuromusculaire supervisé, appliqué pendant la chimiothérapie, réduit significativement l’incidence de la CIPN. Plus généralement, l’activité physique adaptée (APA) — marche, exercices d’équilibre, renforcement doux, entraînement sensori-moteur — a un effet préventif probable et un effet symptomatique modeste mais réel.
Concrètement : demandez à votre équipe si un enseignant en APA (EAPA) ou un kinésithérapeute formé peut vous accompagner. Beaucoup de centres proposent cela dans le cadre des soins de support (SDC).
Protéger vos extrémités
Quand la sensibilité thermique est altérée, le risque de brûlure (eau du bain trop chaude, four, radiateur) et de plaie non ressentie (marcher pieds nus sur un objet, coupure au jardin) augmente. Quelques réflexes utiles :
- Vérifier la température de l’eau avec le coude ou un thermomètre.
- Porter des chaussures fermées à l’intérieur si l’atteinte est marquée.
- Inspecter régulièrement les pieds et les mains à la recherche de plaies passées inaperçues (notamment chez les patients diabétiques : le cumul est délétère).
- Bien s’hydrater la peau, notamment en zone plantaire.
Tenir un journal des symptômes
Notez au fil des jours : la localisation des symptômes (dessin sur une silhouette), leur intensité (échelle 0-10), les circonstances déclenchantes (froid, mouvement, position), leur retentissement sur ce que vous faites (fermer un bouton, marcher, tenir un objet, écrire, dormir). Ce journal aide votre oncologue et éventuellement le médecin de la douleur à évaluer l’évolution objectivement — et à décider, si nécessaire, d’adapter le traitement anticancéreux.
Ce qu’on vous proposera peut-être pendant la chimio
Deux approches non-médicamenteuses sont utilisées dans certains centres pendant les cycles de chimiothérapie, particulièrement pour les taxanes :
- La cryothérapie : gants et chaussettes réfrigérés portés pendant la perfusion, l’idée étant de réduire le débit sanguin aux extrémités et donc l’exposition des nerfs au médicament. Les résultats sont hétérogènes ; l’ASCO ne la recommande pas formellement, mais l’ESMO estime qu’elle peut être considérée pour les taxanes. Un essai randomisé récent (Accordino et coll. 2024) a montré une adhérence assez faible chez les patients (environ 35 %), le froid étant inconfortable.
- La compression : gants et chaussettes de contention à pression modérée, sur le même principe. Une méta-analyse récente de 4 essais (442 patients) montre une réduction du risque relatif de CIPN d’environ 50 %. L’adhérence est meilleure que pour la cryothérapie.
Aucune de ces deux approches ne fait l’objet d’une recommandation forte en France. Si votre centre les propose, c’est légitime de les essayer ; si votre centre ne les propose pas, ce n’est pas une négligence.
Les traitements de la douleur neuropathique liée à la chimio
Quand la CIPN est douloureuse, plusieurs options existent — mais aucune n’est spectaculaire. La duloxétine est la seule molécule à disposer d’un niveau de preuve suffisant selon l’ASCO 2020 pour être recommandée en traitement de la CIPN douloureuse installée. Point important à connaître : en France, la duloxétine (Cymbalta® et génériques) a une AMM pour la douleur neuropathique diabétique périphérique — pas pour la CIPN. Sa prescription dans cette indication relève donc d’une utilisation hors AMM justifiée par les recommandations internationales, à discuter avec votre médecin.
D’autres traitements sont utilisés en pratique — antidépresseurs tricycliques (amitriptyline), antiépileptiques (gabapentine, prégabaline), traitements topiques (gel amitriptyline-kétamine-baclofène, patchs de lidocaïne, capsaïcine, crème de menthol) — avec des niveaux de preuve moindres et une place fixée par les recommandations françaises générales sur la douleur neuropathique (Moisset et coll. 2020).
Les opioïdes (tramadol en 2ᵉ intention, morphiniques forts en dernier recours) peuvent être proposés dans les formes rebelles. Le rapport bénéfice/risque doit être évalué au cas par cas, en particulier en association avec les gabapentinoïdes (risque de dépression respiratoire).
D’autres approches sont en évaluation ou proposées dans certains centres : acupuncture (retenue par ASCO et ESMO comme option raisonnable), photobiomodulation (LED thérapeutique, recommandée par la WALT, essais français en cours), stimulation médullaire ou magnétique transcrânienne répétitive (rTMS) en 3ᵉ intention dans des centres spécialisés.
Si vous vivez déjà avec une fibromyalgie
La chimiothérapie neurotoxique peut avoir sur vous des effets particuliers qu’il vaut la peine d’anticiper :
- Le fond de douleur diffuse et la sensibilisation centrale préexistants peuvent amplifier ce que ressentiraient d’autres patients. Ce n’est pas une exagération : c’est une réalité neurobiologique.
- La distinction entre « aggravation de la FM » et « CIPN qui s’installe » est souvent difficile — pour vous comme pour votre équipe. Le journal des symptômes prend ici toute son importance.
- La duloxétine, quand elle est indiquée, a l’avantage d’agir sur les deux versants : elle est utilisée en France pour la fibromyalgie et pour la douleur neuropathique. Discutez-en avec votre oncologue et éventuellement votre médecin de la douleur.
- Ne renoncez pas aux stratégies non-médicamenteuses qui vous aident déjà pour votre FM (APA, hygiène du sommeil, gestion du stress, hydrothérapie douce). Elles ne sont pas contre-indiquées par la chimio, adaptez-les à votre fatigue.
- Signalez explicitement à votre oncologue que vous avez une FM. C’est un élément qui compte pour le choix des molécules, la surveillance, et la prise en charge symptomatique.
Le rôle de vos proches
Les aidants — conjoint, enfant, proche — jouent un rôle souvent invisible mais crucial dans le suivi d’une CIPN. Ce sont eux qui remarquent parfois avant vous que vous ne tenez plus bien la fourchette, que vous chancelez au sortir du lit, que vous vous plaignez la nuit. Impliquez-les dans le suivi : lecture partagée du journal des symptômes, présence en consultation, aménagement du domicile pour réduire le risque de chute (tapis, éclairage nocturne, barre d’appui). L’Allocation journalière du proche aidant (AJPA), qui s’élève au 1ᵉʳ janvier 2026 à 66,64 € nets par jour dans la limite de 66 jours par personne aidée et 264 jours sur la carrière, peut être mobilisée si un aidant réduit son activité professionnelle.
Un document PDF recto-verso à imprimer et remplir avant votre rendez-vous d’oncologie, pour signaler efficacement une CIPN naissante ou évoluant.
📄 Télécharger le kit CIPNTrois questions à poser à votre oncologue
- « Compte tenu de mes symptômes actuels, faut-il envisager d’adapter la dose ou le rythme de ma chimiothérapie ? » — Une adaptation posologique (concession sur la dose, allongement du délai entre deux cycles, substitution, arrêt) est une décision médicale complexe qui pèse le bénéfice antitumoral face au risque neurologique. C’est une décision qui vous concerne : demandez à en discuter.
- « Est-ce qu’on peut faire évaluer ma douleur par un médecin de la douleur ou en soins de support ? » — Les structures douleur chronique (SDC) labellisées et les équipes de soins oncologiques de support ont l’expertise et le temps pour ces prises en charge. Beaucoup d’oncologues sont sensibilisés mais débordés ; demander explicitement un adressage est utile.
- « Y a-t-il ici un enseignant en activité physique adaptée (EAPA), un kinésithérapeute ou un ergothérapeute formé à la neuropathie chimio-induite ? » — L’activité physique adaptée et la rééducation MPR sont les leviers non-médicamenteux les plus efficaces. Ne pas hésiter à demander un accès à ces professionnels.
Vous accompagnez quelqu’un ?
Vous êtes bien placé pour repérer des signes que la personne minimise ou ne perçoit pas : maladresse à table, hésitation en marchant, réveils nocturnes plus fréquents, irritabilité inhabituelle. Signalez-les sans dramatiser. L’INCa a publié en décembre 2025 un baromètre spécifique aux proches aidants de patients atteints de cancer, et l’Observatoire des aidants créé en 2024 met à disposition ressources et orientations. Prendre soin de soi n’est pas une infidélité au malade — c’est ce qui vous permet de tenir dans la durée.
Cadre nosologique et taxonomique
La CIPN est classée dans la CIM-11 (chapitre chronic pain, co-développé avec l’IASP) parmi les douleurs iatrogènes liées à la prise en charge du cancer. L’IASP définit la douleur neuropathique comme une douleur causée par une lésion ou une maladie du système nerveux somatosensoriel (Treede, 2008 ; Bennett et coll., Pain 2019 pour la classification CIM-11 des douleurs oncologiques).
Chez le patient en cours de traitement oncologique, environ 25-30 % des patients présentent une douleur neuropathique, toutes étiologies confondues (Shkodra et coll., Pain 2021). Il s’agit le plus souvent de douleurs mixtes. En rémission, les données VICAN 5 (INCa 2018) rapportent une prévalence de 23,3 % de douleurs neuropathiques persistantes.
Épidémiologie affinée par molécule
La méta-analyse fondatrice de Seretny et coll. (Pain 2014 ; 31 études, 4179 patients) donne les repères transversaux : 68,1 % (IC 57,7-78,4) à 1 mois post-chimio, 60,0 % (36,4-81,6) à 3 mois, 30,0 % (6,4-53,5) à ≥ 6 mois. En France, l’étude multicentrique de Selvy et coll. (J Clin Med 2020 ; PMID 32727095) a documenté la persistance à 5 ans d’une CIPN sensitive chez les patients traités par FOLFOX adjuvant pour cancer colorectal.
| Molécule | Prévalence CIPN grade ≥ 2 | Points cliniques |
|---|---|---|
| Paclitaxel 250 mg/m² q3w | Grade 3-4 sensitive : 20-35 % | Postma 1995 : 100 % de symptômes neuropathiques et 71 % de neurotoxicité dose-limitante à 250-300 mg/m². Enjeu pharmacogénomique CYP2C8*3. |
| Oxaliplatine (FOLFOX) | Neuropathie chronique dose-limitante ; ~36 % douloureuses | Deux tableaux : forme aiguë déclenchée par le froid (chélation calcique, canaux Nav), forme chronique cumulative avec atteinte des DRG. Coasting post-arrêt classique. |
| Cisplatine | Dose-cumulative dépendante, plateau à ~400 mg/m² | Atteinte des grosses fibres (proprioception), risque d’ototoxicité associée. |
| Vincristine | Cumulative, plafond usuel 2 mg/dose | Composante motrice et autonome (iléus). Surrisque chez enfants et sujets âgés. |
| Bortézomib | Grade 1-2 : 25-33 % (MM naïf), 27-75 % (récidivant) | Voie sous-cutanée nettement moins neurotoxique que IV. |
Facteurs de risque documentés
Les facteurs identifiés par le référentiel AFSOS-SFETD (2024) sont : âge ≥ 75 ans, tabagisme, exposition antérieure à d’autres neurotoxiques, neuropathie préexistante, diabète, insuffisance rénale, hypothyroïdie, alcoolisme chronique, carences vitaminiques (B1, B6, B12, folates), VIH, pathologies rhumatologiques auto-immunes, sarcopénie et sédentarité. Les modèles de facteurs prédictifs progressent (Hertz DL et coll., Support Care Cancer 2023, PMID 37773300) mais restent d’application clinique limitée.
Diagnostic et outils d’évaluation
Le diagnostic est essentiellement clinique. Les outils validés à mobiliser :
- DN4 (Bouhassira et coll.) : questionnaire de dépistage de la composante neuropathique — score ≥ 4/10 en faveur.
- NPSI (Neuropathic Pain Symptom Inventory, validé en français, sensible au changement) : autoquestionnaire à 10 descripteurs, adapté au suivi thérapeutique.
- TNS-r (Total Neuropathy Score-reduced) : score composite clinique + patient-reported (Smith EM et coll., Cancer Nurs 2010) — utilisé dans les essais.
- PRO-CTCAE et FACT/GOG-Ntx : mesures rapportées par le patient, standards dans les essais oncologiques.
L’EMG n’est pas systématique. Elle est utile pour identifier une neuropathie subclinique préexistante, écarter une étiologie autre, ou explorer un tableau atypique. Elle est décorrélée de la sévérité ressentie, n’a pas de valeur pronostique et ne constitue pas un examen de suivi (référentiel AFSOS 2024).
Prévention : ce qui est recommandé, ce qui ne l’est pas
- ASCO 2020 (Loprinzi et coll., J Clin Oncol 38(28):3325-3348) : aucun agent recommandé en prévention. Recommandation forte contre l’acétyl-L-carnitine (risque d’aggravation démontré).
- ESMO-EONS-EANO 2020 (Jordan et coll., Ann Oncol 31(10):1306-1319) : la cryothérapie (gants et chaussettes réfrigérés) pour les taxanes peut être considérée malgré une hétérogénéité des résultats.
- APA préventive : Streckmann F et coll. (JAMA Intern Med 2024;184(9):1046-1053, PMID 38949824) — essai randomisé contrôlé positif d’un programme d’entraînement neuromusculaire supervisé. Non encore intégré aux recommandations formalisées ASCO/ESMO au moment de la rédaction. À intégrer dans l’accompagnement.
- Compression : méta-analyse Wan 2024 (J Pain Res, 4 RCT, 442 patients) — RR CIPN 0,50 (IC 0,33-0,76), niveau GRADE modéré.
- Adaptations posologiques préventives : voie sous-cutanée du bortézomib (vs IV), fractionnement paclitaxel hebdomadaire (résultats contrastés), plafonnement vincristine à 2 mg.
Traitement de la CIPN douloureuse installée
Adaptation de la chimiothérapie
L’apparition d’une CIPN neuropathique douloureuse ou fonctionnellement limitante impose de discuter en équipe : concession posologique, allongement du délai entre administrations, arrêt, substitution. La décision est individualisée, discutée en RCP quand la question est complexe, et partagée avec le patient. Ces décisions concernent la vitalité du protocole antitumoral et engagent la survie ; elles ne peuvent pas se prendre à la légère mais elles ne peuvent pas non plus être différées quand la CIPN devient invalidante.
Traitement médicamenteux — hiérarchie des choix
Duloxétine — traitement de choix ASCO 2020
L’essai fondateur (Lavoie Smith EM, Pang H, Cirrincione C et coll., CALGB/Alliance 170601, JAMA 2013;309(13):1359-1367, PMID 23549581) a randomisé 231 patients avec CIPN douloureuse (score moyen ≥ 4/10) sous duloxétine 60 mg vs placebo en crossover. Réduction moyenne de la douleur : différence -0,73 point (IC 95 % -1,32 à -0,14 ; p=0,003) à 5 semaines, avec une efficacité plus marquée pour les CIPN aux platines qu’aux taxanes. Bénéfice modeste, cliniquement significatif chez une part des patients.
Point AMM en France : la duloxétine dispose d’une AMM pour « douleur neuropathique diabétique périphérique de l’adulte » et pour la fibromyalgie (indication ajoutée dans plusieurs pays européens ; en France, la fibromyalgie n’est pas dans l’AMM du Cymbalta® mais l’utilisation reste courante). Pour la CIPN, c’est une prescription hors AMM. À informer le patient, à tracer dans le dossier.
Posologie usuelle : 30 mg/j pendant 7 jours puis 60 mg/j. Titration lente améliore la tolérance (nausées, sécheresse buccale, sédation, insomnie paradoxale). Surveillance de la pression artérielle. Attention aux interactions (sérotoninergiques, IMAO).
Autres options médicamenteuses (recommandations françaises Moisset X et coll., Rev Neurol 2020;176(5):325-352) :
- Antidépresseurs tricycliques (amitriptyline, nortriptyline) : traitement de 1ʳᵉ ou 2ᵉ intention selon le tableau, avec les précautions cardiovasculaires et anticholinergiques usuelles.
- Gabapentinoïdes (gabapentine, prégabaline) : niveau de preuve moindre dans la CIPN spécifique que dans d’autres neuropathies, souvent essayés. Attention à l’association avec opioïdes (surrisque de dépression respiratoire).
- Traitements topiques : patchs de lidocaïne 5 %, capsaïcine 8 % (Qutenza®, en centre spécialisé), gel amitriptyline-kétamine-baclofène (préparation magistrale, cité par ESMO), crème de menthol à faible concentration.
- Tramadol : 2ᵉ intention (recommandations françaises), avec les précautions habituelles.
- Opioïdes forts : dernier recours, à discuter en équipe douleur / SDC. Rapport bénéfice/risque à évaluer avec soin (risque d’hyperalgésie induite, addiction).
Approches non-médicamenteuses
- MPR et rééducation : kinésithérapie (renforcement, équilibre, mobilité articulaire), ergothérapie (rééducation sensitive par esthésiographie, adaptations fonctionnelles, aides techniques), orthèses (releveurs de pied en cas de faiblesse motrice distale). Le référentiel AFSOS 2024 propose une ordonnance-type de kinésithérapie (annexe 2).
- APA : préventive (Streckmann 2024) et symptomatique (méta-analyses Huang 2024, Lopez-Garzon 2022, Nuñez de Arenas-Arroyo 2023). À prescrire dès l’entrée dans le protocole de chimio quand c’est possible.
- Acupuncture : retenue par ASCO 2020, ESMO 2020 et par la Guideline SIO-ASCO (Mao JJ et coll., J Clin Oncol 2022;40(34):3998-4024, PMID 36122322) comme option raisonnable.
- Photobiomodulation (PBM) : recommandée par la WALT dans un consensus international 2022 (Robijns et coll., Front Oncol). Positionnée par une méta-analyse du MD Anderson (2018) au même niveau que la duloxétine. Essais cliniques français en cours.
- Stimulation médullaire et rTMS : 3ᵉ intention, en structure spécialisée après échec thérapeutique, avec évaluation pluridisciplinaire préalable.
- Cannabis thérapeutique : EFIC en 3ᵉ ligne, ASCO 2024 (Braun IM et coll., J Clin Oncol 42(13):1575-1593, PMID 38478773) recommande de ne pas dépasser 300 mg/j de CBD per os. En France : dronabinol en accès compassionnel possible, cannabis thérapeutique dans le cadre de l’expérimentation ANSM. Attention aux interactions avec les traitements oncologiques (tamoxifène, exémestane, anastrozole, létrozole, abiratérone, darolutamide, cyprotérone, inhibiteurs de checkpoint) — voir document GPCO 2021 (Thomas F et coll.) et annexe 1 du référentiel AFSOS 2024.
Fibromyalgie et CIPN — implications pour la prise en charge
- Dépister une FM avant l’entrée dans un protocole neurotoxique chez les patients à risque (femmes 40-60 ans, douleurs diffuses préexistantes, comorbidités douloureuses multiples, antécédents de fibrofog). Le dépistage préchimio permet d’anticiper la surveillance et la prise en charge symptomatique.
- Chez un patient FM connu : information anticipée sur le risque d’amplification, choix préférentiel de la duloxétine si une pharmacothérapie devient nécessaire (double indication FM + douleur neuropathique), adressage précoce en SDC / algologue si possible.
- Ne pas céder à la lecture réductrice « tout est FM » : une CIPN authentique doit être diagnostiquée et prise en charge comme telle, quelle que soit la comorbidité fibromyalgique.
- Kinésithérapie et APA précoces — leur bénéfice se cumule sur les deux versants (CIPN et FM).
- Attention à la polypharmacie : les patients FM cumulent souvent plusieurs traitements symptomatiques ; le rajout d’une pharmacothérapie CIPN doit être fait avec discernement (interactions, effets indésirables cumulés).
Points d’appel pour adressage vers SDC / algologue
- Persistance d’une CIPN douloureuse à 3 mois de la fin du traitement neurotoxique.
- DN4 ≥ 4 avec retentissement fonctionnel significatif.
- Chute liée aux troubles de l’équilibre.
- Échec ou intolérance à la duloxétine ± tricyclique.
- Nécessité de recours à des techniques spécialisées (rTMS, stimulation médullaire, PBM, capsaïcine 8 %).
- Patient fibromyalgique connu chez qui la lecture de la CIPN devient complexe.
Parcours de soins en France
Ressources structurantes :
- Soins oncologiques de support (SDC), cadrés par l’instruction DGOS/PF2/2016/160 du 23 mai 2016.
- Structures Douleur Chronique (SDC) labellisées pour les douleurs neuropathiques rebelles.
- Réseau AFSOS-SFETD : référentiel Douleurs neuropathiques iatrogènes du cancer (validé 12/2024), Neuropathic Box K SFETD-SFAP-AFSOS (février 2025).
- Recommandations françaises : Moisset X et coll., Rev Neurol 2020, PMID 32276788.
- DAC (dispositifs d’appui à la coordination) et MDPH pour le volet handicap et adaptations professionnelles.
Glossaire
- Allodynie
- Douleur ressentie face à un stimulus qui n’est normalement pas douloureux (effleurement, froid modéré, contact d’un vêtement).
- APA (Activité Physique Adaptée)
- Programme d’exercices individualisé, encadré par un EAPA ou un kinésithérapeute, tenant compte des capacités et pathologies. Prescription possible sur ordonnance.
- Barrière hémato-nerveuse
- Filtre biologique moins étanche que la barrière hémato-encéphalique, laissant passer davantage de molécules — ce qui explique la vulnérabilité particulière du système nerveux périphérique à certaines chimiothérapies.
- CIPN
- Chemotherapy-Induced Peripheral Neuropathy — neuropathie périphérique induite par la chimiothérapie.
- Coasting (« roue libre »)
- Aggravation ou apparition de la neuropathie après l’arrêt de la chimiothérapie neurotoxique, particulièrement décrite avec les sels de platine.
- DN4
- Questionnaire de dépistage de la douleur neuropathique (10 items, score sur 10). Score ≥ 4 en faveur d’une composante neuropathique. Développé par Bouhassira et coll.
- DRG (ganglions rachidiens dorsaux)
- Amas de corps cellulaires des neurones sensitifs situés le long de la moelle épinière, non protégés par la barrière hémato-nerveuse — cible directe des sels de platine.
- Dysesthésie
- Sensation anormale, souvent désagréable, spontanée ou provoquée (brûlure, picotement, décharge électrique).
- EMG (électromyographie)
- Examen neurophysiologique explorant la conduction nerveuse et l’activité musculaire. Utile pour caractériser une neuropathie mais non systématique pour le suivi de CIPN.
- Glove-and-stocking
- Distribution typique des atteintes sensitives des CIPN, symétrique et prédominant aux extrémités des membres, comme si un gant fin recouvrait les mains et une chaussette les pieds.
- Hyperalgésie
- Perception exagérée d’un stimulus douloureux (une piqûre ressentie plus douloureuse qu’attendu).
- Longueur-dépendante
- Caractéristique des atteintes du système nerveux périphérique où les fibres nerveuses les plus longues (qui atteignent les extrémités) sont atteintes en premier.
- MPR (Médecine Physique et de Réadaptation)
- Spécialité médicale qui prend en charge les conséquences fonctionnelles des atteintes de l’appareil locomoteur et du système nerveux — rééducation, réadaptation, appareillage.
- Microtubules
- Éléments du cytosquelette des neurones, essentiels au transport axonal (transport des molécules depuis le corps cellulaire vers les extrémités des axones). Cible des taxanes (stabilisation excessive) et des alcaloïdes de la pervenche (déstabilisation).
- Neuropathie longueur-dépendante
- Atteinte débutant aux extrémités des membres et remontant progressivement.
- NPSI (Neuropathic Pain Symptom Inventory)
- Autoquestionnaire validé en français, 10 descripteurs cotés de 0 à 10, adapté au suivi de la douleur neuropathique.
- PBM (photobiomodulation)
- Technique thérapeutique utilisant la lumière (LED ou laser à faible intensité) à des fins anti-inflammatoires et régénératrices tissulaires. Recommandée par la WALT dans les mucites, radiodermites, et en soutien de la CIPN.
- Paresthésie
- Sensation cutanée anormale non douloureuse (fourmillement, engourdissement, « peau qui dort »).
- Proprioception
- Perception inconsciente de la position des différentes parties du corps dans l’espace. Son altération dans la CIPN explique les troubles de l’équilibre et le risque de chute.
- rTMS (stimulation magnétique transcrânienne répétitive)
- Technique non invasive de stimulation cérébrale utilisée en 3ᵉ intention dans certaines douleurs neuropathiques rebelles, disponible en centre spécialisé.
- SARM1
- Protéine impliquée dans le déclenchement de la dégénérescence axonale ; son activation est une étape mécanistique clé de la CIPN.
- SDC — deux acronymes
- Soins de support (soins oncologiques de support, prise en charge globale du patient cancer) ET Structure Douleur Chronique labellisée (consultations et centres spécialisés pour la douleur rebelle). Attention à ne pas les confondre.
- Sensibilisation centrale
- Hyperexcitabilité des neurones du système nerveux central (moelle épinière, tronc cérébral, cortex) qui amplifie et perpétue les signaux douloureux. Mécanisme dominant de la fibromyalgie, également impliqué dans la chronicisation des CIPN.
- TNS-r (Total Neuropathy Score-reduced)
- Score composite d’évaluation objective et subjective de la neuropathie, utilisé principalement dans les essais cliniques.
- TRP (canaux TRP : TRPV1, TRPA1, TRPM8)
- Famille de canaux ioniques sensibles à la température, aux stimuli mécaniques, et à divers agents chimiques. Impliqués dans la sensibilisation périphérique aux traitements de chimiothérapie.
Pour les termes non listés ici, se référer au glossaire universel de fibromyalgies.fr (138 termes).
Bibliographie
Publications de référence — CIPN
- Chen X, Gan Y, Au NPB, Ma CHE. Current understanding of the molecular mechanisms of chemotherapy-induced peripheral neuropathy. Front Mol Neurosci. 2024 Apr 10;17:1345811. DOI 10.3389/fnmol.2024.1345811.
- Colvin LA. Chemotherapy-induced peripheral neuropathy: where are we now? Pain. 2019 May;160 Suppl 1(Suppl 1):S1-S10. PMID 31008843.
- Hertz DL, Lustberg MB, Sonis S. Evolution of predictive risk factor analysis for chemotherapy-related toxicity. Support Care Cancer. 2023 Sep 29;31(10):601. PMID 37773300.
- Lee KT, Bulls HW, Hoogland AI, James BW, Colon-Echevarria CB, Jim HSL. Chemotherapy-Induced Peripheral Neuropathy (CIPN): A Narrative Review and Proposed Theoretical Model. Cancers (Basel). 2024 Jul 18;16(14):2571. PMID 39061210.
- Postma TJ et coll. Paclitaxel-induced neuropathy. Ann Oncol. 1995;6(5):489-494. PMID 7669713.
- Seretny M, Currie GL, Sena ES, Ramnarine S, Grant R, MacLeod MR, Colvin LA, Fallon M. Incidence, prevalence, and predictors of chemotherapy-induced peripheral neuropathy: A systematic review and meta-analysis. Pain. 2014 Dec;155(12):2461-2470. PMID 25261162.
- Selvy M, Pereira B, Kerckhove N, Gonneau C, Feydel G, Pétorin C, Vimal-Baguet A, Melnikov S, Kullab S, Hebbar M, Bouché O, Slimano F, Bourgeois V, Lebrun-Ly V, Thuillier F, Mazard T, Tavan D, Benmammar KE, Monange B, Ramdani M, Péré-Vergé D, Huet-Penz F, Bedjaoui A, Genty F, Leyronnas C, Busserolles J, Trevis S, Pinon V, Pezet D, Balayssac D. Long-Term Prevalence of Sensory Chemotherapy-Induced Peripheral Neuropathy for 5 Years after Adjuvant FOLFOX Chemotherapy to Treat Colorectal Cancer: A Multicenter Cross-Sectional Study. J Clin Med. 2020 Jul 27;9(8):2400. PMID 32727095.
Recommandations et guidelines
- Loprinzi CL, Lacchetti C, Bleeker J, Cavaletti G, Chauhan C, Hertz DL, Kelley MR, Lavino A, Lustberg MB, Paice JA, Schneider BP, Lavoie Smith EM, Smith ML, Smith TJ, Wagner-Johnston N, Hershman DL. Prevention and Management of Chemotherapy-Induced Peripheral Neuropathy in Survivors of Adult Cancers: ASCO Guideline Update. J Clin Oncol. 2020 Oct 1;38(28):3325-3348. DOI 10.1200/JCO.20.01399 — PMID 32663120.
- Jordan B, Margulies A, Cardoso F, Cavaletti G, Haugnes HS, Jahn P, Le Rhun E, Preusser M, Scotté F, Taphoorn MJB, Jordan K ; ESMO-EONS-EANO Clinical Practice Guidelines Committee. Systemic anticancer therapy-induced peripheral and central neurotoxicity: ESMO-EONS-EANO Clinical Practice Guidelines for diagnosis, prevention, treatment and follow-up. Ann Oncol. 2020 Oct;31(10):1306-1319. PMID 32739407.
- Mao JJ, Ismaila N, Bao T, Barton D, Ben-Arye E, Garland EL, Greenlee H, Leblanc T, Lee RT, Lopez AM, Loprinzi C, Lyman GH, MacLeod J, Master VA, Ramchandran K, Wagner LI, Walker EM, Bruner DW, Witt CM, Bruera E. Integrative Medicine for Pain Management in Oncology: Society for Integrative Oncology-ASCO Guideline. J Clin Oncol. 2022 Dec 1;40(34):3998-4024. PMID 36122322.
- Moisset X, Bouhassira D, Avez Couturier J, Alchaar H, Conradi S, Delmotte MH, Lanteri-Minet M, Lefaucheur JP, Mick G, Piano V, Pickering G, Piquet E, Regis C, Salvat E, Attal N. Pharmacological and non-pharmacological treatments for neuropathic pain: Systematic review and French recommendations. Rev Neurol (Paris). 2020 May;176(5):325-352. PMID 32276788.
- Boden A, Lemaire A et coll. Douleurs neuropathiques iatrogènes du cancer — Référentiel AFSOS-SFETD, version validée 12/2024. PDF AFSOS.
- Braun IM, Bohlke K, Abrams DI, Anderson H, Balneaves LG, Bar-Sela G, Bowles DW, Chai PR, Damani A, Gupta A, Hallmeyer S, Subbiah IM, Twelves C, Wallace MS, Roeland EJ. Cannabis and Cannabinoids in Adults With Cancer: ASCO Guideline. J Clin Oncol. 2024 May 1;42(13):1575-1593. PMID 38478773.
- Robijns J, Nair RG, Lodewijckx J et coll. Photobiomodulation therapy in management of cancer therapy-induced side effects: WALT position paper 2022. Front Oncol. 2022 Aug 30;12:927685. PMID 36110957.
Essais cliniques structurants
- Lavoie Smith EM, Pang H, Cirrincione C, Fleishman S, Paskett ED, Ahles T, Bressler LR, Fadul CE, Knox C, Le-Lindqwister N, Gilman PB, Shapiro CL ; Alliance for Clinical Trials in Oncology. Effect of duloxetine on pain, function, and quality of life among patients with chemotherapy-induced painful peripheral neuropathy: a randomized clinical trial (CALGB/Alliance 170601). JAMA. 2013 Apr 3;309(13):1359-1367. PMID 23549581 — PMCID PMC3912515.
- Streckmann F, Elter T, Lehmann HC, Baurecht H, Nazarenus T, Oschwald V, Koliamitra C, Otten S, Draube A, Heinen P, Steinmetz T, Hallek M, Leitzmann M, Bloch W, Balke M. Preventive Effect of Neuromuscular Training on Chemotherapy-Induced Neuropathy: A Randomized Clinical Trial (STOP trial, n=158). JAMA Intern Med. 2024 Sep 1;184(9):1046-1053. DOI 10.1001/jamainternmed.2024.2354 — PMID 38949824.
- Accordino MK, Lee S, Leu CS, Levin B, Trivedi MS, Crew KD, Kalinsky K, Raghunathan R, Faheem K, Harden E, Taboada A, de Oliveira BD, Larson E, Franks L, Honan E, Law C, Hershman DL. Randomized adaptive selection trial of cryotherapy, compression therapy, and placebo to prevent taxane-induced peripheral neuropathy in patients with breast cancer. Breast Cancer Res Treat. 2024;204(1):49-59. DOI 10.1007/s10549-023-07172-y.
- Wan Z et coll. Compression Therapy for Prevention of Chemotherapy-Induced Peripheral Neuropathy: A Systematic Review and Meta-Analysis of Randomized Controlled Trials. J Pain Res. 2024;17:4509-4519. DOI 10.2147/JPR.S488470 — PMID 39735655.
Pierre angulaire transversale du pôle Fibromyalgie & Cancer
- Prete M, Porciello G, Palumbo E, Vitale S, Marchesini M, Bimonte S, Del Prato F, Cuomo A, Cascella M, Grimaldi M, Russo N, Luongo A, Crispo A. Fibromyalgia in cancer patients: a systematic review and clinical implications for integrated care. Front Pain Res (Lausanne). 2026 Jun 11;7:1851474. DOI 10.3389/fpain.2026.1851474 — PMCID PMC13294063.
Sources françaises complémentaires
- SFETD-SFAP-AFSOS. Neuropathic Box K — Outil de compréhension et gestion de l’antalgie en situation de cancer, ciblé sur le mécanisme neuropathique. Février 2025. PDF SFETD.
- INCa. La vie cinq ans après un diagnostic de cancer — VICAN 5. Juin 2018. Chapitre 7 sur les douleurs.
- Thomas F, Bobin-Dubigeon C, Boyer JC et coll. Évaluation des interactions médicamenteuses entre le cannabis à usage médical (CBD, THC, CBD/THC) et les traitements du cancer. GPCO (Groupe de Pharmacologie Clinique Oncologique), décembre 2021.
Cadres réglementaires cités
- Instruction DGOS/PF2/2016/160 du 23 mai 2016 relative à l’organisation des soins oncologiques de support. Bulletin officiel santé.
- Allocation journalière du proche aidant (AJPA) : 66,64 € nets/jour au 1ᵉʳ janvier 2026, dans la limite de 66 jours par personne aidée et 264 jours sur la carrière. Portail national d’information pour les personnes âgées et leurs aidants.
- 🏠 Hub du pôle
- 📖 Article-socle transversal
- 🎗️ Volet 1 — Cancer du sein & hormonothérapie (AIMSS)
- 💉 Volet 2 — Chimiothérapie & neuropathies (CIPN) ← vous êtes ici
- 🧬 Volet 3 — Immunothérapies & syndromes rhumatismaux (irAEs)
- 🔍 Volet 5 — Dépistage & retard diagnostique
- 🍽️ Volet 4 — Cancer digestif & stomie (à paraître)
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