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L’oxygénothérapie hyperbare et la fibromyalgie

Oxygénothérapie hyperbare et fibromyalgie — fibromyalgies.fr
Thérapies non médicamenteuses · Dossier

L’oxygénothérapie hyperbare
et la fibromyalgie :
une piste prometteuse,
mais encore loin de la réponse

Depuis dix ans, des études israéliennes, puis brésiliennes, publient des résultats qui font espérer. Les patients s’organisent, certains paient de leur poche. Mais entre la science sérieuse et le marché commercial, il y a un fossé que vous devez connaître avant de vous lancer.

🔬 Dossier scientifique 📅 Juin 2026 ✍️ fibromyalgies.fr ⏱ Lecture 15 min
⚠ Note éditoriale préliminaire. Cet article ne recommande pas le recours à l’oxygénothérapie hyperbare pour la fibromyalgie. Il expose honnêtement l’état de la recherche, ses limites réelles, les risques du marché commercial, et les questions que vous devez vous poser avant d’envisager — et encore moins financer — ce type de traitement. La recherche est sérieuse. Elle n’est pas encore suffisante. C’est toute la différence.

L’oxygénothérapie hyperbare : de quoi parle-t-on exactement ?

Le principe est simple à expliquer, difficile à mettre en œuvre. Dans un caisson hyperbare, vous respirez de l’oxygène pur — ou fortement concentré — à une pression supérieure à la pression atmosphérique normale. Cette surpression force l’oxygène à se dissoudre dans le plasma sanguin bien au-delà de ce que permettent les poumons dans des conditions ordinaires. Les tissus, y compris les tissus cérébraux, reçoivent alors un apport en oxygène considérablement augmenté.

Ce n’est pas une thérapie nouvelle ni marginale. Elle est utilisée depuis des décennies dans des indications reconnues et remboursées : les accidents de décompression chez les plongeurs, les intoxications au monoxyde de carbone, les gangrènes gazeuses, la cicatrisation des plaies chroniques chez le diabétique, les lésions radio-induites. Ces indications font l’objet de protocoles établis, de remboursements et d’équipements hospitaliers dédiés.

Ce qui est nouveau — et c’est là que la fibromyalgie entre en scène — c’est l’hypothèse que ce traitement pourrait agir sur des dysfonctionnements cérébraux chroniques, et non plus seulement sur des lésions tissulaires ou des accidents aigus. Cette hypothèse change tout : elle repositionne le HBOT comme potentiel outil de neuroplasticité — et c’est précisément ce qui a attiré l’attention des chercheurs sur la fibromyalgie.

Pourquoi la fibromyalgie ?

La fibromyalgie est aujourd’hui considérée comme un syndrome de sensibilisation centrale. Les imageries cérébrales — notamment par SPECT — montrent des anomalies dans les zones de traitement et d’inhibition de la douleur. Certaines zones sont hyperactives, d’autres sous-actives. Ce n’est pas une douleur imaginaire, c’est une douleur dont le traitement est dysfonctionnel au niveau du système nerveux central.

Or, l’oxygène hyperbare est connu pour favoriser la neuroplasticité : il stimule la formation de nouveaux vaisseaux sanguins (angiogenèse), améliore le métabolisme mitochondrial, réduit l’inflammation neurologique et favorise la réparation axonale. La question posée par les chercheurs est donc logique : est-ce qu’une saturation prolongée en oxygène de ces zones cérébrales dysfonctionnelles peut restaurer une activité plus normale ?

C’est une hypothèse biologiquement plausible. Elle n’est pas prouvée dans la fibromyalgie. Elle est en cours de démonstration. Et c’est exactement là que nous en sommes.

Ce que la recherche dit — et ce qu’elle ne dit pas encore

Depuis 2004, une dizaine d’essais cliniques ont testé le HBOT dans la fibromyalgie. Une revue systématique publiée en août 2025 a analysé onze études portant sur 480 patients au total. Les résultats sont cohérents : dans tous les essais, les patients montrent des améliorations significatives de la douleur, de la fatigue et de la qualité de vie après le traitement. Ces améliorations sont répétables d’une étude à l’autre, chez des populations différentes (Israël, Brésil, Turquie).

Mais il faut lire la phrase suivante avec autant d’attention que la précédente : la plupart de ces études présentent des biais méthodologiques importants, liés à l’impossibilité pratique de mettre les patients et les évaluateurs en aveugle — comment ne pas savoir qu’on est dans un caisson hyperbare ? — et à des effectifs encore modestes. La science honnête dit : les résultats sont encourageants et répétables, mais le niveau de preuve n’est pas encore suffisant pour recommander ce traitement en pratique courante.

−1,57 Taille d’effet (SMD) sur la douleur — méta-analyse 2024. Effet large.
480 Patients inclus dans toutes les études HBOT-FM disponibles à ce jour
11 Essais cliniques publiés entre 2004 et 2025 sur HBOT et fibromyalgie

Pour mettre ces chiffres en perspective : une taille d’effet de −1,57 sur la douleur est considérée comme large, ce qui est rare dans la recherche sur la fibromyalgie. Mais 480 patients cumulés sur vingt ans d’études mondiales, c’est peu. Les médicaments les mieux documentés dans la douleur chronique ont été testés sur des dizaines de milliers de patients avant d’obtenir une autorisation de mise sur le marché. Le HBOT-FM est encore au stade de la preuve de concept, même si cette preuve de concept est de plus en plus robuste.

Le programme israélien : quand un chercheur construit une théorie pièce par pièce

Si le HBOT est aujourd’hui discuté dans le monde de la fibromyalgie, c’est en grande partie grâce au travail d’un seul homme : le Pr Shai Efrati, directeur du Sagol Center for Hyperbaric Medicine and Research au Shamir Medical Center, affilié à l’Université de Tel-Aviv. Ce centre est le plus grand centre d’hyperbarie médicale au monde, avec plus de 350 patients traités par jour dans des indications très diverses.

Efrati a construit sa théorie sur la fibromyalgie en quatre vagues successives, chacune apportant une pièce supplémentaire à un puzzle encore incomplet.

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PLoS ONE — 2015
Étude fondatrice — FM générale, n=60 femmes
40 séances, 90 min, O₂ pur à 2 ATA, 5j/semaine sur 8 semaines. Amélioration significative de tous les symptômes FM. La donnée majeure : les images SPECT montrent une normalisation partielle de l’activité cérébrale anormale — réduction de l’hyperactivité dans les zones postérieures, élévation de l’activité dans les zones frontales sous-actives. C’est la première preuve d’un effet neurobiologique mesurable, pas seulement symptomatique.
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PLoS ONE — 2023
FM après traumatisme crânien — HBOT vs médicaments
60 séances, comparaison directe HBOT vs Prégabaline ou Duloxétine. Le HBOT fait significativement mieux que les médicaments sur les critères principaux. Efrati formule alors une thèse centrale : dans la FM post-traumatique, le HBOT ne supprime pas la douleur — il répare le substrat cérébral qui en est la cause. C’est conceptuellement différent de tous les traitements existants.
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Scientific Reports — 2024
FM et abus sexuels dans l’enfance — HBOT vs médicaments
48 participants, 60 séances, O₂ 100% à 2 ATA. HBOT supérieur aux médicaments (Prégabaline + Duloxétine) sur le FIQ, avec une taille d’effet large (Cohen’s d = −1,27). SPECT : modifications significatives de l’activité cérébrale. Résultat inattendu documenté : certaines patientes ont revécu des souvenirs traumatiques enfouis pendant les séances — donnée qui illustre la profondeur de l’action neurologique du HBOT et qui impose une surveillance psychiatrique rigoureuse.

Ce que la ligne Efrati montre globalement : le HBOT agit plus fortement quand la fibromyalgie a une cause organique identifiable — traumatisme crânien, trauma psychologique sévère. La FM « primaire » sans événement déclenchant identifié répond aussi, mais moins spectaculairement. Cette nuance est importante pour les patients : le HBOT ne semble pas être un traitement universel de la fibromyalgie, mais potentiellement un traitement ciblé selon le mécanisme causal sous-jacent.

Point de vigilance

Efrati est aussi un entrepreneur

Il faut le mentionner clairement : le Pr Efrati est directeur scientifique d’Aviv Clinics, un réseau commercial de centres HBOT présent aux États-Unis et à Dubai, qui propose des traitements payants à destination de patients aisés souffrant notamment de fibromyalgie. Ses recherches sont donc menées dans un contexte où il a un intérêt économique direct au développement de cette thérapie. Cela ne disqualifie pas ses travaux — ils sont publiés dans des revues à comité de lecture et leurs méthodologies sont vérifiables — mais cela impose une lecture critique que nous vous encourageons à maintenir.

L’étude brésilienne HOTFy (BMJ Open 2026) : ce qui change

En juin 2026, le BMJ Open publie l’essai HOTFy — pour Hyperbaric Oxygen Therapy for Fibromyalgia. C’est l’étude la plus récente et, à plusieurs égards, la plus solide sur ce sujet. Elle est menée à l’Hôpital Universitaire de Juiz de Fora (Brésil), sans lien avec Efrati ni avec Aviv Clinics. C’est important.

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BMJ Open — 2026 · da Mota Neto J et al.
HOTFy — Essai randomisé croisé, n=56 femmes, FM diagnostiquée ≥ 2 ans
Protocole : 40 séances de 90 min à 2,3 ATA, O₂ pur, 5 jours/semaine sur 8 semaines. Comparaison HBOT précoce (n=29) vs HBOT retardé (n=27), les deux sur fond de soins standard. Design crossover : le groupe retardé sert de contrôle pendant les 8 premières semaines, puis reçoit à son tour le traitement. Évaluateur rhumatologue en aveugle. Analyse en intention de traiter.

Résultats à 8 semaines (groupe précoce) : FIQR-Br −24,7 points (p<0,001) · VAS douleur −4,7 points (p<0,001) · SF-12 physique +10,5 (p<0,001) · SF-12 mental +13,9 (p<0,001).

Ce qui est nouveau : le design précoce/retardé montre que le moment d’initiation du HBOT (tôt ou après une période de soins standard) n’influence pas l’amplitude des bénéfices. Cela a une implication pratique : une initiation retardée, après optimisation du traitement de fond, est aussi efficace qu’une initiation immédiate.

À 16 semaines — soit 8 semaines après l’arrêt du traitement dans le groupe précoce — les scores remontent partiellement. Le FIQR passe de 52 à 66,6, ce qui reste supérieur à la baseline (76,7) mais montre une atténuation progressive des effets. Le HBOT n’est pas un traitement définitif dont les effets persistent indéfiniment : ses bénéfices s’érodent après l’arrêt, ce qui soulève la question des séances de maintenance — elles-mêmes non documentées à ce jour.

Le taux d’abandon dans cette étude mérite attention : 21,4% des patients n’ont pas complété le protocole. Causes principales : intolérance à rester dans le caisson (claustrophobie) et un cas de douleur à l’oreille (otalgie de barotraumatisme). En vie réelle, sans le cadre protocolaire d’un essai clinique, ce taux serait vraisemblablement plus élevé.

Le marché commercial : entre espoir légitime et promesses trompeuses

Entre les essais cliniques sérieux et vos recherches sur internet, il y a un abîme. Le mot « hyperbare » est devenu une accroche marketing. Des centres de bien-être, des spas médicaux, des plateformes e-commerce proposent des appareils et des séances en s’appuyant sur des études comme celles d’Efrati — sans en respecter ni les protocoles ni les conditions de sécurité. Voici ce que vous devez savoir pour ne pas vous tromper.

⛔ Ce qui ne fonctionne pas

  • Caissons souples à 1,3–1,5 ATA (soft shell) : pression thérapeutique insuffisante. Toutes les études positives utilisent 2,0 à 2,3 ATA.
  • 10 à 20 séances : les protocoles efficaces font 40 à 60 séances. En dessous de 30, aucun essai n’a montré de résultat durable.
  • Séances de 45–60 min : les protocoles validés durent 90 min. La durée d’exposition compte autant que la pression.
  • Oxygène non médical, concentrateurs de fortune : pureté et débit insuffisants pour atteindre les niveaux thérapeutiques.

✅ Ce qui correspond aux études

  • Caisson rigide médical multiplace ou monoplace certifié CE médical.
  • Pression 2,0 à 2,3 ATA (atmosphères absolues), mesurée et contrôlée.
  • O₂ pur à 100% via masque adapté, sous surveillance.
  • 40 séances minimum, 5 jours/semaine sur 8 semaines.
  • Présence de personnel médical qualifié et formé à l’hyperbarie.

Les caissons « bien-être » à domicile : une illusion coûteuse

Le marché des caissons personnels a explosé ces cinq dernières années. On trouve des modèles souples gonflables entre 5 000 et 25 000 euros, vendus sur internet avec des photos de sportifs et des références aux travaux d’Efrati. Ce que les vendeurs ne disent pas — ou disent en petits caractères :

Ces appareils fonctionnent en général à 1,3 ATA maximum. Or, comme nous l’avons vu, aucune étude sur la fibromyalgie n’a obtenu de résultats significatifs à cette pression. La raison est physique : à 1,3 ATA, l’augmentation de la dissolution de l’oxygène dans le plasma est marginale. Le mécanisme neuroplastique mis en évidence par Efrati nécessite des pressions de 2,0 ATA et au-delà. Un caisson à 1,3 ATA n’est pas un HBOT au sens thérapeutique du terme. C’est une séance d’air légèrement comprimé avec un peu plus d’oxygène qu’à l’habitude.

⚠ Point de sécurité

Le HBOT n’est pas sans risques

Même dans les essais cliniques encadrés, des effets indésirables ont été documentés : otalgie et barotraumatisme auditif (les plus fréquents), troubles visuels temporaires, hypoglycémie chez les diabétiques, crise convulsive liée à la toxicité de l’oxygène (rare mais grave), claustrophobie intense. Les contre-indications comprennent notamment : grossesse, pneumothorax non traité, prise de certains médicaments (bléomycine, cisplatine, disulfirame), épilepsie non contrôlée, claustrophobie sévère. Aucune séance de HBOT ne devrait être réalisée sans évaluation médicale préalable.

La situation française : des centres existent, mais la FM n’y a pas sa place

La France dispose d’une vingtaine de centres hospitaliers équipés de caissons hyperbares médicaux, principalement dans les CHU côtiers (Nice, Brest, Toulon, Bordeaux, Marseille) et dans quelques hôpitaux militaires. Ces centres fonctionnent pour des indications remboursées : accidents de plongée, intoxications au CO, plaies chroniques du diabétique, lésions radio-induites.

La fibromyalgie n’est dans aucun protocole hospitalier français. Aucun essai clinique français n’est enregistré sur ClinicalTrials.gov pour cette indication. Aucun investigateur français n’apparaît dans les publications internationales HBOT-FM. La recherche se fait en Israël, au Brésil, en Turquie, parfois aux États-Unis. Pas en France.

Ce vide n’est pas anodin. Des dizaines de milliers de patients fibromyalgiques français ont potentiellement accès, dans leur région, à un équipement capable de faire ce que les études testent — mais sans cadre, sans protocole, sans remboursement, et sans médecin formé à l’indication. Quelques patients arrivent à convaincre des équipes hyperbaristes de les prendre en charge à titre expérimental, mais c’est exceptionnel et totalement dépendant de la bonne volonté de chaque praticien.

Cette situation interpelle. Nous interpellerons sur ce point les autorités compétentes dans nos actions de plaidoyer 2027.

Ce que ça coûte réellement — en équipement, en infrastructure, en argent de poche

Type de dispositif Pression Coût à l’achat Valeur thérapeutique FM
Caisson souple « bien-être » (domicile) 1,3–1,5 ATA 5 000–25 000 € Nulle (pression insuffisante)
Caisson rigide monoplace médical 2,0–3,0 ATA 80 000–250 000 € Potentielle (si protocole adapté)
Caisson médical multiplace (4–8 places) 2,0–3,0 ATA 300 000–600 000 € Correspond aux études
Caisson multiplace hospitalier (8–12 places) jusqu’à 6 ATA 900 000–1 500 000 € Référence (CHU Nice : 900 k€)

Pour un patient qui voudrait financer lui-même un protocole FM complet (40 séances de 90 min, 2 ATA, O₂ médical, surveillé) dans un centre privé français :

Calcul du coût d’un protocole complet pour un patient

Tarif marché France (centres privés médicaux) : 150 à 240 € par séance de 90 min.

40 séances au tarif bas : 6 000 €

40 séances au tarif haut : 9 600 €

Remboursement Assurance Maladie : zéro. La fibromyalgie n’est pas une indication reconnue.

Remboursement mutuelle : variable et très rare. Quelques contrats haut de gamme prévoient une prise en charge partielle des thérapies complémentaires, mais le HBOT est rarement inclus et jamais pour une indication FM.

Coût réel à la charge du patient : 6 000 à 10 000 €, sans garantie de résultat.

Les patients qui paient : ce qu’on sait, ce qu’on ignore, et le piège du sous-dosage

Il n’existe en France aucune cohorte documentée de patients fibromyalgiques ayant financé leurs propres séances HBOT. Aucune étude observationnelle, aucun registre, aucune collecte systématique de données. On dispose de témoignages isolés sur des forums et de quelques rares cas documentés dans la littérature médicale internationale.

Ce qu’on observe sur les forums francophones depuis 2015 : l’intérêt est réel et persistant. Des patients, souvent très informés, cherchent des centres, comparent les prix, tentent de convaincre leur médecin de rédiger un courrier. Certains font des séances. Mais les retours complets sont rares, et les retours négatifs ont souvent une explication commune : le sous-dosage.

Le piège du sous-dosage : dépenser pour rien

C’est le problème central des patients qui financent eux-mêmes, et personne ne leur dit clairement avant qu’ils commencent. Un patient fibromyalgique qui fait 15 séances à 1,5 ATA dans un centre wellness parisien ne fait pas du HBOT au sens des études. Il paie entre 700 et 3 000 € pour un traitement qui n’a jamais montré d’efficacité dans la fibromyalgie à ces paramètres. Puis il dit, à juste titre, que ça n’a rien changé. Et le HBOT est catalogué dans sa liste de « choses essayées qui ne marchent pas ».

Pour que le HBOT ait une chance d’agir sur les mécanismes de sensibilisation centrale, il faut :

Les paramètres non négociables
  • Pression : 2,0 à 2,3 ATA — pas moins
  • Durée : 90 minutes par séance — pas 45, pas 60
  • Nombre : 40 séances minimum — pas 10, pas 20
  • Fréquence : 5 jours par semaine, en continu sur 8 semaines
  • Oxygène : 100% médical via masque, sous surveillance
  • Encadrement : médecin formé à l’hyperbarie, évaluation préalable

Un autre phénomène, observé dans plusieurs essais cliniques et rapporté par des praticiens expérimentés en hyperbarie, mérite d’être connu des patients avant qu’ils démarrent : les douleurs peuvent s’aggraver pendant les 10 à 20 premières séances avant de s’améliorer. Ce phénomène, probablement lié à des processus neuroplastiques initiaux, peut décourager des patients qui arrêtent avant d’atteindre le seuil thérapeutique — et qui vivent alors le HBOT comme un traitement qui a aggravé leur état.

La frange de patients que personne ne documente

Il existe une troisième catégorie de patients, entre ceux qui font du wellness sous-dosé et ceux qui n’ont pas les moyens de se lancer : des patients très informés, souvent militants associatifs, qui ont réussi à accéder à un protocole correct, soit en convaincant une équipe hospitalière de les inclure à titre compassionnel, soit en se rendant à l’étranger — notamment en Belgique ou en Allemagne où quelques centres spécialisés proposent du HBOT aux paramètres thérapeutiques. Ces patients existent. Leurs retours ne sont pas systématiquement collectés. C’est un angle de recherche que fibromyalgies.fr se propose d’explorer.

Ce qu’on ne sait pas encore — et pourquoi c’est important

Combien de séances faut-il exactement ? Et à quelle pression optimale ?
Personne ne le sait. Les études ont utilisé des protocoles allant de 40 à 60 séances, avec des pressions de 1,45 à 2,5 ATA. Aucune étude dose-réponse n’a comparé systématiquement ces variables dans la FM. La revue systématique 2025 note que les pressions entre 1,45 et 2,0 ATA semblent aussi efficaces que les pressions plus élevées, avec un profil de tolérance meilleur. Mais c’est une observation indirecte, pas une comparaison rigoureuse.
Les effets persistent-ils à long terme ?
On ne sait pas. L’étude HOTFy 2026 montre une atténuation partielle à 16 semaines. La quasi-totalité des études s’arrêtent à 3–6 mois après traitement. Aucun suivi à 1 an, 2 ans ou 5 ans n’a été publié pour la FM. La question des séances de rappel ou de maintenance n’a pas été étudiée.
Est-ce que ça marche pour tous les types de fibromyalgie ?
Probablement non, et c’est une piste de recherche cruciale. Les résultats les plus spectaculaires sont observés dans des FM avec antécédent traumatique identifiable (traumatisme crânien, abus sexuels dans l’enfance). Les FM « primaires » sans événement déclenchant répondent aussi, mais de façon moins marquée. La stratification des patients selon leur profil étiologique n’est pas encore assez fine pour prédire qui va répondre au traitement.
Pourquoi n’y a-t-il pas de placebo vrai dans ces études ?
C’est une limite fondamentale que les chercheurs reconnaissent eux-mêmes. Un placebo de HBOT devrait être une session dans un caisson à pression non thérapeutique, mais même l’air comprimé à pression légèrement élevée peut avoir des effets biologiques mineurs. Il est difficile de créer une condition contrôle strictement inerte. L’étude HOTFy 2026 a choisi un design « HBOT précoce vs HBOT retardé » pour contourner ce problème, mais cela ne résout pas complètement la question de l’effet placebo lié à l’expérience du caisson elle-même.
Quand pourrait-on avoir une recommandation officielle en France ?
Pas avant les années 2030, dans le meilleur des cas. Il faudrait d’abord qu’un essai clinique français soit financé et mené (probablement via un PHRC — Programme Hospitalier de Recherche Clinique), publié, puis soumis à la HAS pour évaluation technologique. Ce processus prend 6 à 10 ans dans les meilleures conditions. Et il nécessite qu’un investigateur hospitalier se saisisse du sujet — ce qui n’est pas encore le cas à notre connaissance.

Ce qu’on peut dire honnêtement

L’oxygénothérapie hyperbare est la piste non médicamenteuse la mieux documentée scientifiquement dans la fibromyalgie, devant la plupart des traitements qui font l’objet d’un remboursement. Les tailles d’effet observées sont larges. Les résultats sont répétables d’une étude à l’autre, dans des populations différentes, par des équipes indépendantes. Les mécanismes biologiques sont plausibles et partiellement confirmés par imagerie cérébrale.

Et pourtant, elle n’est pas encore démontrée de façon suffisante pour être recommandée en pratique courante. Le nombre cumulé de patients testés reste faible. Il n’existe pas de placebo vrai. Le suivi à long terme manque. La question du profil de répondeurs n’est pas résolue.

Pour les patients, cela signifie ceci : si vous avez les moyens de financer un protocole complet dans un centre médical sérieux, à pression thérapeutique, avec un suivi médical adapté, vous prenez un risque financier réel pour un bénéfice possible mais non garanti. Ce n’est pas la même chose que n’importe quelle thérapie alternative — la science est là, elle est sérieuse, elle progresse. Mais elle n’est pas encore arrivée à destination.

Si vous envisagez des séances dans un centre wellness, un spa médical ou avec un appareil acheté sur internet : ne le faites pas pour votre fibromyalgie. Les paramètres de ces offres commerciales ne correspondent pas aux protocoles ayant montré une efficacité. Vous dépenseriez de l’argent — parfois beaucoup — pour rien, ou pire, pour vous décourager définitivement d’une piste qui pourrait un jour vous être réellement proposée dans un cadre médical approprié.

Nous continuons à suivre ce sujet de près, et nous militerons pour qu’un essai clinique français soit enfin lancé.

Lexique

ATA (Atmosphère absolue)
Unité de mesure de pression incluant la pression atmosphérique normale (1 ATA). Un caisson à 2 ATA applique une pression deux fois supérieure à la pression normale au niveau de la mer. La pression thérapeutique pour la FM dans les études est de 2,0 à 2,3 ATA.
Barotraumatisme
Lésion causée par une variation de pression. Dans le contexte HBOT, il s’agit principalement de douleurs ou lésions de l’oreille moyenne (otalgie) liées à l’incapacité à équilibrer les pressions lors de la pressurisation ou dépressurisation du caisson.
Caisson multiplace
Chambre hyperbare pouvant accueillir plusieurs patients simultanément (de 4 à plus de 12 personnes selon les modèles). Les patients respirent l’oxygène pur via des masques individuels. L’air de la chambre est pressurisé mais non enrichi en oxygène — seul l’air inhalé via le masque l’est.
Cohen’s d
Mesure statistique de la taille d’effet. Indique l’ampleur réelle d’une différence entre groupes, indépendamment de la taille de l’échantillon. d=0,2 : petit effet ; d=0,5 : moyen ; d=0,8 : grand. Dans l’étude FM/abus sexuels, d=−1,27, soit un effet très large.
Design crossover
Protocole d’essai clinique où chaque participant reçoit successivement les deux traitements comparés. Dans HOTFy, le groupe « retardé » sert d’abord de contrôle, puis reçoit le HBOT. Cela permet à chaque patient d’être son propre témoin et augmente la puissance statistique avec un effectif réduit.
FIQR (Fibromyalgia Impact Questionnaire Revised)
Questionnaire de référence mesurant l’impact global de la fibromyalgie. Score de 0 (pas d’impact) à 100 (impact maximal). Inclut des dimensions de douleur, fatigue, raideur, qualité du sommeil, anxiété, dépression et capacité fonctionnelle. Dans HOTFy, le score baisse de 76,7 à 52 après 8 semaines de HBOT.
HBOT
Hyperbaric Oxygen Therapy — terme anglais universellement utilisé dans la littérature scientifique internationale pour désigner l’oxygénothérapie hyperbare. Équivalent français : OHB (Oxygénothérapie Hyperbare).
Neuroplasticité
Capacité du cerveau à former de nouvelles connexions neuronales, à réorganiser ses circuits et à modifier son fonctionnement en réponse à des stimuli. Le HBOT favorise ce processus en améliorant le métabolisme des cellules nerveuses et en stimulant la formation de nouveaux vaisseaux (angiogenèse).
Plasma sanguin
Partie liquide du sang, sans les cellules. Dans des conditions normales, l’oxygène est essentiellement transporté par les globules rouges (hémoglobine). Sous pression hyperbare, l’oxygène se dissout directement dans le plasma, augmentant considérablement la quantité d’O₂ disponible pour les tissus.
PHRC (Programme Hospitalier de Recherche Clinique)
Financement national français destiné à soutenir des essais cliniques menés dans les hôpitaux publics. Budget annuel de l’ordre de 60 millions d’euros. C’est la voie principale par laquelle un essai HBOT-FM pourrait être financé en France.
Sensibilisation centrale
Mécanisme par lequel le système nerveux central (cerveau + moelle épinière) devient anormalement sensible aux signaux douloureux. Le seuil de déclenchement de la douleur s’abaisse. Des stimuli normalement indolores deviennent douloureux. C’est le mécanisme principal de la fibromyalgie selon les travaux les plus récents.
SPECT (Scintigraphie cérébrale)
Imagerie médicale nucléaire (tomographie par émission monophotonique) qui mesure le flux sanguin dans différentes régions du cerveau, reflétant leur activité métabolique. Les études d’Efrati utilisent le SPECT pour documenter les anomalies cérébrales dans la FM et leurs modifications après HBOT.
VAS (Visual Analogue Scale)
Échelle visuelle analogique de la douleur. Le patient indique son niveau de douleur sur une ligne de 0 (pas de douleur) à 10 (douleur insupportable). Outil simple, subjectif, mais standardisé et validé. Dans HOTFy, le score VAS passe de 8,5 à 3,8 après 8 semaines de HBOT précoce.
SMD (Standardised Mean Difference)
Indicateur statistique utilisé dans les méta-analyses pour comparer des résultats exprimés en unités différentes. Permet d’agréger des études utilisant des échelles de mesure variées. Un SMD de −1,57 sur la douleur (méta-analyse 2024 HBOT-FM) correspond à un effet large, rarement observé dans la recherche sur la douleur chronique.

Sources et références

  1. da Mota Neto J et al. Hyperbaric Oxygen Therapy for Fibromyalgia (HOTFy): a randomised crossover trial. BMJ Open 2026;16:e112284. doi:10.1136/bmjopen-2025-112284
  2. Efrati S et al. Hyperbaric oxygen therapy can diminish fibromyalgia syndrome — prospective clinical trial. PLoS ONE 2015;10:e0127012.
  3. Ablin JN, Lang E, Catalogna M et al. Hyperbaric oxygen therapy compared to pharmacological intervention in fibromyalgia patients following traumatic brain injury. PLoS ONE 2023;18:e0282406.
  4. Boussi-Gross R, Catalogna M, Lang E et al. Hyperbaric oxygen therapy vs pharmacological intervention in adults with fibromyalgia related to childhood sexual abuse. Sci Rep 2024;14:11599.
  5. Assessment of the Efficacy and Safety of HBOT on Pain in FM: A Systematic Review and Meta-analysis. J Med Evidence 2024;5(1):40–54.
  6. Hyperbaric Oxygen Therapy in Managing Chronic Pain Syndromes: A Systematic Review. PMC, août 2025. NCT/PROSPERO enregistré.
  7. Mota Neto J, Mendes AF Jr, Martins AFM et al. Protocol of HOTFy. BMJ Open 2023;13:e069153.
  8. UniHA — Marché caissons hyperbares 2021–2026. Centrale d’achat hospitalière française.
  9. CHU de Nice — Nouveau caisson hyperbare 12 places (HAUX, 900 000 €). CHU Média, janvier 2024.

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