« Félicitations ! Vous remportez l’Oscar de la « Fausse Bonne Mine » (alors que vous souffrez le martyre). »
« Mais tu as bonne mine ! »
Bienvenue dans « Le Bêtisier de la Fibro des Yaka-Fokon », notre série d’articles décalée où nous passons au crible, avec une bonne dose d’humour (et d’arguments scientifiques !), ces conseils « miracles » et ces phrases toutes faites que les personnes atteintes de fibromyalgie entendent un peu trop souvent. Attachez votre ceinture, ça va piquer… mais c’est pour mieux déconstruire les clichés !
« Tu ne peux pas avoir si mal que ça, tu es bien coiffée. »
Format : La Cérémonie des Oscars de la Normalité
(Décor : Une salle de spectacle grandiose, tapis rouge. Le PRÉSENTATEUR, un homme très enthousiaste qui ne voit pas plus loin que le bout de son nez, tient une enveloppe dorée.)
LE PRÉSENTATEUR : Et maintenant, le moment que vous attendiez tous ! L’Oscar de la Meilleure Performance dans un Rôle Dramatique Quotidien ! Les nommés sont… (La caméra zoome sur vous. Vous souriez, mais vos yeux crient « au secours ».)
LE PRÉSENTATEUR : Pour son interprétation magistrale de « Tout va bien, je suis juste un peu fatiguée » lors du repas de famille de dimanche dernier… alors qu’elle avait une échelle de douleur à 8/10… La gagnante est… VOUS !
(Applaudissements. Vous vous levez péniblement, vos articulations craquent, mais vous gardez le sourire.)
UN INVITÉ (Chuchote) : Elle est rayonnante ! Tu as vu ? Elle a bonne mine ! C’est bien la preuve qu’elle n’est pas si malade que ça. C’est sûrement du cinéma.
VOUS (Au micro, serrant les dents) : Merci… Je voudrais remercier mon fond de teint anti-cernes pour ce camouflage structurel, et mon système nerveux pour cette performance d’adrénaline qui me permet de tenir debout. Cet Oscar est lourd… comme mes jambes.
LE PRÉSENTATEUR : Quelle modestie ! Allez, on se retrouve à l’after-party pour danser toute la nuit ? Vous avez l’air tellement en forme !
VOIX OFF : Spoiler : La gagnante passera les trois prochains jours dans le noir complet pour récupérer de cette cérémonie.

Pourquoi cette conclusion est une bêtise cosmique et dangereuse
L’affirmation « Mais tu as bonne mine ! » (souvent suivie de « Tu ne dois pas être si malade ») est le « Yaka-Fokon » de l’apparence. C’est une forme d’invalidation qui nie la souffrance invisible et ajoute une charge mentale au patient.
1. L’Invisibilité de la Maladie Chronique La fibromyalgie, comme de nombreuses pathologies (maladies auto-immunes, neurologiques), est une maladie invisible.
- Pas de marqueurs externes : Il n’y a pas de plâtre, pas de bandage, pas de rougeur systématique.
- Le Paradoxe : Les marqueurs sanguins classiques sont souvent normaux. Le « Génie de l’Apparence » en déduit que la santé est normale. Or, la tempête est interne : dysfonctionnement des neurotransmetteurs, inflammation de bas grade, sensibilisation centrale. Rien de tout cela ne se voit sur le visage.
2. Le Coût du « Masque » (La Façade Sociale) Ce que l’interlocuteur prend pour de la « santé » est souvent le résultat d’un effort surhumain appelé le Masque.
- Effort conscient : Le patient apprend à masquer sa grimace de douleur, à se tenir droit malgré la fatigue, et à se maquiller pour cacher les cernes, afin d’éviter la pitié ou le jugement.
- Coût énergétique : Maintenir cette façade consomme une part énorme de la batterie énergétique déjà faible du patient. C’est une performance d’acteur 24h/24.
- La Double Peine : Plus le patient réussit à « avoir l’air bien » pour ne pas peser sur les autres, moins on le croit malade. C’est un piège absurde.
3. L’Invalidation de la Souffrance Ce « compliment » est en réalité un poison. Il sous-entend : « Puisque je ne VOIS pas ta douleur, elle ne doit pas être si terrible. » Cela force le patient à se justifier en permanence, ou pire, à douter de lui-même (Gaslighting médical ou social). Cela renforce l’isolement, car le patient préfère se cacher quand il va mal plutôt que d’affronter l’incrédulité.
La Riposte
Au lieu de remercier poliment pour ce compliment empoisonné, la réponse à apporter est la suivante : « L’apparence est trompeuse. Mon ‘bonne mine’, c’est juste du maquillage et beaucoup d’efforts pour ne pas inquiéter les gens. À l’intérieur, c’est une autre histoire. Ma douleur est invisible, mais elle n’est pas imaginaire. »
Phrase de Riposte Ironique (À garder sous le coude) « Merci ! Je travaille très dur sur mon ‘masque de normalité’, je vise l’Oscar cette année. Si vous saviez le budget maquillage qu’il faut pour cacher une douleur de niveau 8, vous seriez impressionné(e) ! »

Glossaire
- Maladie Invisible : Une maladie qui ne présente pas de symptômes extérieurs évidents (comme un handicap physique visible), mais qui impacte lourdement la vie du patient (douleur, fatigue).
- Charge Mentale : L’effort invisible et constant pour gérer la maladie, les rendez-vous, et l’image que l’on renvoie aux autres pour paraître « normal ».
- Invalidation : Le fait de nier ou de minimiser les sentiments et la réalité de quelqu’un. Dire « Tu as l’air bien donc tu n’as pas mal » est une invalidation.
- Façade Sociale : L’image publique construite par le patient pour interagir avec la société sans être réduit à sa maladie.
- Sensibilisation Centrale : (Rappel) Le dérèglement du système nerveux qui amplifie la douleur. C’est un phénomène invisible à l’œil nu, mais dévastateur.
- Gaslighting (Détournement cognitif) Manipulation psychologique consistant à nier ou minimiser la réalité perçue par une personne, la poussant à douter de sa propre mémoire, de ses perceptions ou de sa santé mentale.
- Version médicale : Lorsqu’un professionnel de santé rejette les symptômes physiques ou la douleur d’un patient, les attribuant à tort au stress ou à l’imagination.
- Version sociale : Lorsque l’entourage ou la société nie le vécu d’une personne (notamment ses expériences de discrimination ou d’injustice), l’accusant d’être trop sensible ou de fabuler.






